
DIALOGUE SOCIAL SOUS TENSION : « CELUI QUI N’A PAS TRAVAILLÉ NE DOIT PAS ÊTRE PAYÉ », LA POSITION TRANCHÉE DE MASSOKHNA KANE

Me Massokhna Kane a livré une lecture à contre-courant du débat actuel sur les relations entre l’État et les syndicats. Là où certains dénoncent une posture jugée trop rigide des autorités, notamment après les tensions avec les enseignants, il estime au contraire que l’État fait preuve de trop de souplesse.
Selon lui, la multiplication des syndicats complexifie le dialogue social et fragilise la cohérence des négociations. « Il y a trop de syndicats, comme il y a trop de partis politiques », observe-t-il, pointant des divergences internes qui rendent difficile toute discussion structurée avec les pouvoirs publics.
Ponctions salariales : une question de principe
Sur la question sensible des retenues sur salaires, notamment dans le secteur de l’éducation, Me Kane adopte une position sans ambiguïté. Il considère que la rémunération doit être strictement liée au travail effectué, en particulier dans la fonction publique financée par les deniers publics.
« Celui qui n’a pas travaillé ne doit pas être payé », tranche-t-il, estimant qu’un paiement sans service rendu s’apparente à un usage injustifié des ressources publiques. Il rappelle que, dans de nombreux pays, les syndicats prennent en charge les travailleurs grévistes, contrairement à certaines pratiques observées au Sénégal.
Toutefois, il nuance en reconnaissant que les modalités de ponction doivent respecter les règles légales, notamment en ce qui concerne les limites de saisie.
Éducation : les élèves en première ligne
Abordant les conséquences des mouvements sociaux, Me Kane insiste sur l’impact direct sur les élèves, qu’il considère comme les premières victimes des grèves prolongées. Il dénonce également certains comportements jugés inacceptables, notamment lorsque des élèves ou étudiants empêchent leurs camarades de suivre les cours ou exercent des pressions.
À ses yeux, ces dérives traduisent un déficit d’autorité et appellent une réponse ferme. « Il doit y avoir de la discipline, et seule l’autorité peut l’instaurer », affirme-t-il, rejetant toute forme de tolérance face à ces pratiques.
Vers un statut spécial pour les secteurs sensibles
Au-delà des tensions actuelles, le président de SOS Consommateurs plaide pour une réforme en profondeur des secteurs essentiels tels que l’éducation, la santé ou la justice. Il propose la mise en place de statuts spécifiques pour ces professions, avec des conditions de travail améliorées en contrepartie d’une limitation du recours à la grève, à l’image des forces de défense et de sécurité.
Selon lui, ces secteurs, parmi les plus utiles à la société, restent paradoxalement les moins bien traités. Il appelle ainsi à une revalorisation structurelle, tout en dénonçant certaines pratiques de recrutement qu’il juge inefficaces, notamment des embauches à caractère politique au détriment de la compétence.
Responsabilité partagée et urgence de réforme
Me Massokhna Kane appelle à une responsabilisation de tous les acteurs. Si l’État doit améliorer les conditions de travail et anticiper les crises sociales, les syndicats, de leur côté, doivent intégrer les impératifs de continuité du service public.
Dans un contexte où les grèves prolongées fragilisent des secteurs déjà sous tension, il met en garde contre les conséquences durables sur les populations, appelant à un rééquilibrage entre droits sociaux, discipline et efficacité du service public.





