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LA CRISE DU RIZ LOCAL RELANCE LE DÉBAT SUR LA COMPÉTITIVITÉ DE LA PRODUCTION SÉNÉGALAISE

a-la-une
16 juil. 2026
a-la-une

La crise de commercialisation du riz local continue de peser lourdement sur l’ensemble de la filière sénégalaise. Dans les entrepôts de la vallée du fleuve Sénégal, des dizaines de milliers de tonnes de riz restent sans acquéreurs, immobilisant des capitaux estimés à près de 150 milliards de francs CFA.

Cette situation place les producteurs et les transformateurs dans une impasse financière. Après avoir contracté des crédits pour financer leurs campagnes agricoles, beaucoup peinent désormais à honorer leurs engagements auprès des établissements bancaires.

Selon les informations rapportées par L’Observateur, l’État a déjà procédé à l’achat d’une partie des stocks, soit environ 300 tonnes pour un montant de 2,5 milliards de francs CFA, tandis qu’une subvention est également envisagée. Malgré ces premières interventions, près de 42 000 tonnes restent encore à écouler.

Ce blocage intervient alors même que le Sénégal poursuit ses importations de riz, illustrant le paradoxe d’un marché où la production nationale peine à trouver preneur.

Le gouvernement mise sur une restructuration de la filière

Face à cette situation, le gouvernement a consacré un Conseil interministériel à la commercialisation du riz local. À cette occasion, le Premier ministre Amadou Al Amine Lô a réaffirmé la volonté des autorités de bâtir une filière plus compétitive, dans le cadre de la stratégie nationale de souveraineté alimentaire.

Selon lui, la réponse ne peut se limiter au rachat ponctuel des stocks. Elle doit s’inscrire dans une démarche durable visant à améliorer la productivité agricole et l’efficacité de toute la chaîne de valeur, depuis la sélection des semences jusqu’à la commercialisation, en passant par la production, le décorticage et la transformation.

Le chef du gouvernement a également plaidé pour la mise en place d’engagements réciproques entre l’État et les différents acteurs afin que les soutiens publics soient désormais liés à des objectifs de performance et de compétitivité.

Un problème de compétitivité face au riz importé

Pour les importateurs, toutefois, la principale difficulté reste le coût de production du riz local.

Interrogé par L’Observateur, l’importateur Ibrahima Diop souligne que le riz sénégalais demeure plus cher que le riz importé, pourtant acheminé depuis l’Asie ou l’Amérique du Sud après prise en compte des frais de transport, de logistique et des droits de douane. Selon lui, dans un marché où le consommateur reste libre de son choix, l’appel à la préférence nationale ne suffit pas lorsque l’écart de prix devient trop important.

Les opérateurs invitent ainsi les pouvoirs publics à s’attaquer aux véritables causes du manque de compétitivité plutôt que de concentrer le débat sur la limitation des importations.

Une organisation de la filière remise en cause

Pour Moustapha Tall, également importateur, la crise actuelle traduit surtout une désorganisation chronique de la filière. À chaque campagne agricole, observe-t-il, les mêmes difficultés réapparaissent : accumulation des stocks, tensions de trésorerie et incapacité des différents acteurs à rembourser leurs crédits. Il estime que l’État intervient régulièrement pour gérer les conséquences immédiates sans résoudre les dysfonctionnements structurels.

L’opérateur préconise une clarification des rôles au sein de la chaîne de valeur. Les producteurs devraient, selon lui, se consacrer exclusivement à la production, tandis que les activités de décorticage, de transformation et de commercialisation seraient assurées par des professionnels spécialisés. Une telle organisation permettrait de réduire les coûts de production, d’améliorer les rendements et de renforcer la compétitivité du riz sénégalais.

L’urgence d’une réforme durable

Au-delà de la gestion immédiate des stocks, les acteurs de la filière estiment que le Sénégal dispose de tous les atouts nécessaires pour atteindre une véritable souveraineté rizicole, grâce à ses importantes ressources foncières, hydriques et climatiques. Mais sans amélioration durable de la productivité, sans baisse des coûts de production et sans meilleure organisation des circuits de commercialisation, les mesures d’urgence risquent de n’apporter qu’un répit temporaire.

L’écoulement des 42 000 tonnes encore en souffrance pourrait soulager les producteurs à court terme. En revanche, seule une réforme structurelle de la filière permettra d’éviter que les entrepôts de la vallée du fleuve Sénégal ne se retrouvent, une fois encore, saturés lors des prochaines campagnes agricoles.

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