
MAURICE SOUDIECK DIONE : « LE PROJET DE PARTI DE BASSIROU DIOMAYE FAYE RÉPOND À UN IMPÉRATIF DE GOUVERNABILITÉ »

Le projet de création d’une formation politique portée par le président Bassirou Diomaye Faye s’inscrit, selon Maurice Soudieck Dione, dans une logique de consolidation du pouvoir plutôt que dans une simple quête de « sécurité politique ». Le professeur agrégé de science politique préfère parler de « gouvernabilité ».
« Il y a une fissure, une scission entre la majorité présidentielle et la majorité parlementaire », explique-t-il. Selon lui, cette situation prive le chef de l’État d’un instrument politique pleinement aligné sur son projet de gouvernance.
Pour le chercheur, une majorité parlementaire est appelée à accompagner la majorité présidentielle dans la mise en œuvre du programme soumis aux Sénégalais. Dès lors que cette cohésion fait défaut, le président est conduit à rechercher un nouvel ancrage politique.
Se doter d’un appareil pour gouverner
Maurice Soudieck Dione estime que cette démarche répond également à une logique de préparation de l’avenir. « Le président Bassirou Diomaye Faye cherche une majorité sur laquelle s’appuyer pour gouverner, mais aussi un appareil politique pour porter ses ambitions de pouvoir », affirme-t-il.
Le politologue rappelle qu’au sein de l’actuelle majorité, « le PASTEF dans sa version radicale est du côté du président Ousmane Sonko », lequel a déjà affiché son ambition de briguer la magistrature suprême en 2029.
L’histoire politique comme enseignement
Pour étayer son analyse, Maurice Soudieck Dione revient sur l’évolution du rôle des chefs de l’État à la tête de leurs formations politiques. Il rappelle que le président Abdou Diouf n’avait quitté la direction du Parti socialiste qu’en 1996, en la confiant à Ousmane Tanor Dieng, une décision qui, selon lui, avait ouvert une bataille de succession ayant contribué à l’alternance de 2000.
À l’inverse, souligne-t-il, la Constitution adoptée sous Abdoulaye Wade a explicitement permis au président de la République de demeurer chef de parti.
« Le président de la République, s’il veut avoir un second mandat, naturellement, il doit s’appuyer sur un appareil politique », estime-t-il.
Le politologue nuance toutefois son propos en rappelant que « l’essentiel des électeurs ne sont pas dans les partis » et qu’un bilan jugé satisfaisant peut également constituer un atout électoral.
Une stratégie jugée pertinente
Concernant la volonté du chef de l’État de structurer sa future formation autour des maires, des présidents de conseils départementaux et d’élus issus de différentes sensibilités, Maurice Soudieck Dione considère cette approche comme cohérente. « C’est une stratégie politique… Pour le moment, c’est une stratégie pertinente », affirme-t-il.
Selon lui, ces élus disposent déjà d’un ancrage territorial et d’un lien direct avec les populations. « Ils ont déjà un électorat, ils sont confrontés aux réalités locales et connaissent les problèmes des populations », souligne-t-il. Reste, ajoute le politologue, que la réussite de cette stratégie dépendra du verdict des urnes. « Ce que cela va donner électoralement, c’est une équation que les électeurs vont résoudre à travers les compétitions à venir », conclut-il.





