
RETOUR DE MACKY SALL À DAKAR : MAURICE SOUDIECK DIONE ANALYSE LES ENJEUX D’UNE VISITE À DOUBLE DIMENSION

Le retour de l’ancien président de la République Macky Sall à Dakar, à l’occasion de sa rencontre avec le président Bassirou Diomaye Faye, continue d’alimenter les analyses. Invité de l’émission Point de vue, le professeur agrégé de science politique Maurice Soudieck Dione y voit avant tout une étape importante dans la campagne de l’ancien chef de l’État pour le secrétariat général des Nations unies.
« Le retour de l’ancien président de la République s’inscrit dans le cadre de sa candidature comme secrétaire général des Nations unies », affirme-t-il, estimant que la mobilisation observée à son arrivée « conforte une stratégie de campagne bien huilée » et renforce sa crédibilité sur la scène internationale.
Une rencontre aux implications politiques
Maurice Soudieck Dione estime que la rencontre entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye comporte également une dimension politique intérieure. Selon lui, le chef de l’État poursuit une stratégie d’élargissement de sa base politique, tandis que l’ancien président cherche à consolider sa stature internationale. « Chacun a son gain politique dans cette rencontre », résume-t-il, estimant que cette séquence pourrait également être analysée à l’aune des échéances électorales de 2027 et 2029.
Un bilan aux deux visages
Le politologue considère néanmoins que cette candidature internationale ne peut être dissociée du bilan des douze années de pouvoir de Macky Sall. Il reconnaît « beaucoup de réalisations sur le plan matériel et infrastructurel », tout en soulignant que la crise politique traversée par le Sénégal entre 2021 et 2024 demeure un élément important du débat. « Il y a aussi cette période de trouble que nous avons vécue entre 2021 et 2024, qui constitue des éléments à charge, ou en tout cas des éléments qui viennent relativiser, voire assombrir le tableau de ce brillant parcours », déclare-t-il.
Maurice Soudieck Dione évoque notamment les violences enregistrées durant cette période. « On a eu des morts, on a eu des violences exacerbées. Nous avons eu également près de mille détenus. Tout cela a pu assombrir un peu le tableau », soutient-il.
Le chercheur ajoute que « sur le plan du maintien de l’ordre, c’est inédit, cela ne s’est jamais vu dans l’histoire politique du Sénégal », faisant référence au nombre de victimes recensées lors des manifestations politiques.
La loi d’amnistie, une question juridiquement complexe
Interrogé sur les demandes d’abrogation de la loi d’amnistie, Maurice Soudieck Dione estime qu’un retour en arrière serait difficile sur le plan juridique. « L’amnistie efface les faits délictuels ou criminels de la mémoire juridique. Comment les revitaliser aujourd’hui ? Cela pose un problème juridique majeur », explique-t-il.
Selon lui, malgré les interrogations qu’elle suscite, cette loi a également permis de faciliter la sortie de crise. « La loi d’amnistie a permis de désamorcer la crise et d’avoir une transition en douceur », analyse-t-il, estimant que son absence aurait pu ouvrir une période d’incertitude.
Retrouver une compétition politique apaisée
Au-delà du cas de Macky Sall, Maurice Soudieck Dione appelle à un retour aux principes fondamentaux du débat démocratique.
« La démocratie n’est pas un jeu à somme nulle où le perdant perd tout. Perdre une élection, c’est se préparer à en gagner une autre », rappelle-t-il.
Pour le professeur de science politique, les affrontements politiques des dernières années ont progressivement brouillé la distinction entre opposition au pouvoir et remise en cause de l’État, alimentant une polarisation qui, selon lui, ne correspond pas aux exigences d’une démocratie apaisée.





