
AVEC “SAXAL JÀMM”, LA SOCIÉTÉ CIVILE STRUCTURE SA RÉPONSE AUX TENSIONS SOCIALES

Le directeur exécutif de l’ONG 3D, Moundiaye Cissé, défend le rôle de la société civile dans la gestion des tensions sociales, souvent jugé insuffisamment visible. Face aux critiques sur une implication jugée marginale dans les conflits sociaux récents, notamment dans le secteur de l’éducation, il apporte une mise au point : l’action existe, mais elle se déploie en grande partie hors du champ médiatique.
Selon lui, cette perception tient davantage à un déficit de visibilité qu’à un manque d’engagement. « Les questions politiques sont plus médiatisées, plus sensationnelles », observe-t-il, regrettant que les initiatives liées aux droits économiques et sociaux soient peu relayées, malgré des actions menées dans plusieurs régions au profit des femmes, des agriculteurs et des communautés locales.
Au cœur de cette stratégie figure le programme “Saxal Jàmm”, que Moundiaye Cissé présente comme un levier structurant de prévention des conflits. Porté par un consortium réunissant l’ONG 3D, le GRADEC et le COSCE, ce projet vise à renforcer la cohésion sociale, la démocratie et la paix dans un contexte marqué par des tensions politiques et sociales, en favorisant un dialogue inclusif entre les différents acteurs.
Structuré autour d’un réseau d’ambassadeurs, le dispositif mobilise des personnalités issues de divers horizons, notamment Mame Adama Gueye, Boucounta Diallo ou encore Abdoulaye Makhtar Diop. Ces acteurs interviennent, souvent en coulisses, pour faciliter la médiation dans des situations de crise.
Dans cette dynamique, Moundiaye Cissé insiste sur le rôle de Mody Guiro : « Il faut rappeler que Mody Guiro, secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS) et dirigeant du Front syndical pour la défense du travail, fait partie des ambassadeurs de la paix. Il joue un rôle prépondérant dans ce dispositif, notamment à travers les “déjeuners de la paix” qui permettent d’anticiper et de désamorcer les tensions sociales ».
Selon lui, ces initiatives ont permis d’intervenir dans plusieurs foyers de crispation, y compris dans le secteur des médias et dans l’espace universitaire. Des démarches ont ainsi été engagées auprès d’acteurs comme Pape Alé Niang, tandis que des clubs de paix et de citoyenneté ont été mis en place dans les universités de Saint-Louis et de Ziguinchor pour consolider la cohésion sociale.
Alors que le front social reste sous tension, avec des revendications syndicales persistantes et des menaces de grève, la société civile entend intensifier ses efforts. Un prochain « déjeuner de la paix » sera consacré à ces enjeux, avec pour objectif d’anticiper une éventuelle grève générale. « Nous sommes déjà dans une dynamique de désamorçage », assure Moundiaye Cissé.
Il salue, dans ce contexte, les avancées enregistrées, notamment l’accord récemment signé entre le gouvernement et les syndicats d’enseignants, qu’il considère comme un signal positif. Tout en reconnaissant le rôle central des autorités publiques, il insiste sur la nécessité d’une action complémentaire de la société civile, axée sur la médiation, la prévention et la consolidation du dialogue.
À travers “Saxal Jàmm”, l’ONG 3D et ses partenaires entendent ainsi s’inscrire dans une logique de stabilisation durable, en privilégiant des interventions discrètes mais structurées pour accompagner la gestion des tensions sociales et politiques au Sénégal.





