
CRISE UNIVERSITAIRE : ALY NGOUILLE NDIAYE APPELLE AU DIALOGUE ET À LA MANIFESTATION RAPIDE DE LA VÉRITÉ

La libération des étudiants interpellés et la communication du procureur sur les circonstances du décès d’Abdoulaye Ba n’ont pas suffi à éteindre les tensions dans le milieu universitaire. Si le parquet évoque une chute consécutive à un incendie, une partie de l’opinion continue d’exiger que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Une marche organisée samedi par un collectif en est l’illustration. Pour beaucoup, l’apaisement passe nécessairement par la vérité et la clarification des responsabilités.
Invité à réagir, Aly Ngouille Ndiaye affirme ne pas être médiateur dans cette crise, mais reconnaît avoir pris des initiatives dès les premières tensions. « J’ai été interpellé par d’anciens délégués d’étudiants qui m’ont demandé d’intervenir. En décembre, avant même l’adoption du budget, j’ai rencontré des étudiants chez moi », explique-t-il. Selon lui, les positions du gouvernement et celles des étudiants restent aujourd’hui « très éloignées », d’où la nécessité de créer des passerelles pour rapprocher les points de vue.
L’ancien ministre salue toutefois la décision du recteur d’instaurer un cadre de concertation entre les différents acteurs. Pour lui, la crise dépasse largement le cadre de Dakar et concerne l’ensemble des universités du pays. « Le problème de l’enseignement supérieur est national », insiste-t-il, évoquant également les perturbations persistantes du calendrier universitaire et l’incertitude qui pèse sur le rattrapage des années académiques.
« Le Sénégal est un pays de dialogue »
Aly Ngouille Ndiaye estime que la situation ne peut être réglée par un rapport de force. « Le Sénégal est un pays de dialogue. Il faut négocier », affirme-t-il, rappelant les précédentes crises universitaires, notamment celle de 2017-2018, qui avaient trouvé des issues par la concertation.
Toutefois, il souligne que la recherche de solutions ne doit pas occulter les événements récents. « Il y a eu de la violence. Et malheureusement, il y a eu mort d’homme », déplore-t-il. Il appelle à ce que justice soit rendue et que les responsabilités soient clairement établies.
Si l’hypothèse avancée par le procureur — celle d’un incendie suivi d’une chute — se confirme, l’ancien ministre estime que cela mettrait en évidence de graves dysfonctionnements : surpopulation dans les chambres universitaires, issues de secours bloquées, équipements de sécurité défaillants. « Ces problèmes doivent être corrigés immédiatement dans toutes les universités », insiste-t-il.
Controverse sur la chaîne des responsabilités
Concernant les sanctions déjà prises contre certains responsables policiers, dont le commissaire du Point E, Aly Ngouille Ndiaye appelle à la prudence. « Les enquêtes détermineront jusqu’où remonte la chaîne de responsabilité », affirme-t-il. Fort de son expérience à la tête du ministère de l’Intérieur, il rappelle que, dans les questions de sécurité publique, l’appréciation revient d’abord aux autorités administratives locales, notamment au préfet.
« Je ne pense pas que le ministre appelle directement pour donner des ordres d’intervention dans les chambres », précise-t-il, tout en soulignant que les enquêteurs devront établir les faits de manière rigoureuse et impartiale.
Des crises aux causes récurrentes
Interrogé sur la similitude avec le décès de l’étudiant Fallou Sène en 2018, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye reconnaît que les crises universitaires ont souvent des causes récurrentes, notamment liées aux bourses et aux conditions de vie. Il rappelle que, par le passé, des arbitrages au plus haut niveau de l’État avaient permis d’apaiser les tensions.
Pour l’heure, il plaide pour des mesures immédiates afin de décrisper la situation : rouvrir le campus social, rétablir les amicales élues et engager un dialogue structuré avec les étudiants. « Si cela est fait, tout devrait bien se passer », a-t-il déclaré.





