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DÉCÈS DE PAPA YOUSSOU NDOYE : LE JARAAF DE OUAKAM, GARDIEN DES TRADITIONS LÉBOUES, S’EST ÉTEINT

a-la-une
16 juil. 2026
a-la-une

La communauté lébou est en deuil. Le Jaraaf de Ouakam, Papa Youssou Ndoye, est décédé ce jeudi 16 juillet 2026, une information confirmée par la Collectivité lébou de Dakar. Avec sa disparition, s’éteint l’une des figures coutumières les plus influentes de la presqu’île du Cap-Vert, un homme dont la voix a accompagné pendant près de deux décennies les grands débats sur l’avenir de Ouakam, de ses terres et de son identité.

Pour les habitants de Ouakam, Papa Youssou Ndoye n’était pas seulement un dignitaire traditionnel. Il était un symbole. Derrière sa silhouette imposante, enveloppée de plusieurs grands boubous blancs, se cachait un homme profondément attaché aux valeurs léboues, convaincu que la modernité ne devait jamais se construire au détriment de la mémoire.

Un destin qu’il disait écrit depuis l’enfance

L’histoire de Papa Youssou Ndoye commence par une épreuve.

Dans plusieurs entretiens accordés à la presse, il racontait qu’il ne pouvait pas marcher jusqu’à l’âge de quatre ans. Sa mère l’aurait conduit auprès de nombreux guérisseurs et guides spirituels avant qu’un ndeup, cérémonie traditionnelle lébou organisée à Diokoul, ne marque, selon lui, un tournant décisif. Il voyait dans cet épisode les prémices d’un destin exceptionnel.

Cette conviction ne le quittera jamais. Il affirmait que plusieurs anciens avaient très tôt annoncé qu’il deviendrait un jour un responsable coutumier de premier plan.

De la SONES aux responsabilités coutumières

Contrairement à l’image d’un chef traditionnel ayant toujours vécu dans les cercles du pouvoir coutumier, Papa Youssou Ndoye a d’abord exercé une activité professionnelle.

Après un parcours scolaire interrompu prématurément – un choix qu’il disait regretter – il intègre la SONES au milieu des années 1990 avant de servir également à la Sénégalaise des Eaux (SDE). Surveillant de réservoir, chef de quart, releveur de compteurs, il gravit progressivement les échelons tout en s’impliquant dans la défense des travailleurs.

Parallèlement, il devient une personnalité active de la vie associative de Ouakam, notamment auprès des jeunes. Ceux qui l’ont côtoyé racontent un homme toujours disponible pour arbitrer un différend, soutenir une famille ou défendre une cause collective.

Le Jaraaf de Ouakam

En 2009, Papa Youssou Ndoye accède à la fonction de Jaraaf, l’une des plus importantes autorités traditionnelles de la communauté lébou.

Dans l’organisation coutumière, le Jaraaf n’est pas un simple chef honorifique. Il est le dépositaire de la mémoire collective, le gardien des traditions, le médiateur lors des conflits et l’un des protecteurs du patrimoine foncier communautaire.

Cette responsabilité fera de lui une personnalité incontournable bien au-delà de Ouakam.

Le défenseur du patrimoine foncier

Ces dernières années, son nom est devenu indissociable des batailles foncières qui ont marqué Ouakam. À chacune de ses prises de parole, Papa Youssou Ndoye rappelait que les terres léboues ne constituaient pas seulement un patrimoine économique, mais un héritage historique transmis de génération en génération.

Il dénonçait ce qu’il considérait comme des occupations irrégulières, contestait certaines affectations de terrains et plaidait pour une meilleure protection des espaces appartenant à la communauté. Ses interventions sur le dossier des terrains de l’ancien aéroport Léopold Sédar Senghor ou sur plusieurs projets immobiliers ont largement alimenté le débat public.

Ses positions lui ont valu autant de soutiens que de critiques. Plusieurs procédures judiciaires et enquêtes ont également jalonné son parcours. Fidèle à son tempérament, il rejetait les accusations portées contre lui et affirmait agir exclusivement dans l’intérêt de la collectivité lébou. (DAKARACTU.COM⁠)

Une silhouette devenue emblématique

Impossible d’évoquer Papa Youssou Ndoye sans penser à sa tenue.

Toujours vêtu de plusieurs grands boubous superposés, coiffé d’un bonnet traditionnel, il expliquait que cet accoutrement répondait aux exigences spirituelles liées à sa fonction. Il disait y voir un devoir envers les ancêtres et une manière de préserver le caractère sacré de sa charge.

Cette silhouette, devenue familière des cérémonies traditionnelles comme des conférences de presse, contribuait à faire de lui l’une des personnalités les plus reconnaissables de la communauté lébou.

Un homme de conviction

Qu’on partage ou non ses positions, Papa Youssou Ndoye aura marqué son époque.

Pour les uns, il incarnait la résistance face à la disparition progressive des terres traditionnelles et la défense de l’identité lébou. Pour d’autres, il représentait une personnalité parfois controversée, au cœur de dossiers sensibles mêlant coutume, foncier et justice.

Mais tous s’accordent sur un point : il aura profondément influencé les débats autour de l’avenir de Ouakam.

Avec le rappel à Dieu de Papa Youssou Ndoye, la communauté lébou perd l’un de ses visages les plus connus, un homme qui aura consacré une grande partie de sa vie à défendre une certaine idée de la tradition, de la solidarité communautaire et de la préservation du patrimoine.

Son décès laisse un vide au sein de la chefferie coutumière de Ouakam, mais également dans l’histoire récente des autorités traditionnelles sénégalaises. Au-delà des controverses, Papa Youssou Ndoye restera comme l’un des Jaraaf qui auront le plus marqué leur époque, faisant de la défense de Ouakam le combat d’une vie.

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