
DPBEP 2027-2029 : LE GOUVERNEMENT MISE SUR L’INVESTISSEMENT TOUT EN RAMENANT LE DÉFICIT À 3 % DU PIB

Le Sénégal mise sur une discipline budgétaire renforcée, une mobilisation accrue des ressources internes et une réorientation des dépenses publiques vers les investissements pour consolider sa trajectoire économique au cours des trois prochaines années.
Présentant mardi devant les députés le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a exposé les grandes orientations budgétaires qui serviront de base à la préparation de la loi de finances 2027.
Ce document, qui alimente le Débat d’orientation budgétaire (DOB), fixe les principaux équilibres financiers de l’État pour les trois prochaines années, en cohérence avec l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, la Stratégie nationale de développement (SND 2025-2029) et le Plan de redressement économique et social (PRES).
Pour le ministre, cette programmation traduit la volonté du gouvernement de conjuguer assainissement des finances publiques, maintien des investissements stratégiques et protection des populations dans un contexte international particulièrement instable.
Une économie sous pression, mais résiliente
Cheikh Diba a rappelé que l’élaboration du DPBEP intervient dans un environnement mondial marqué par de fortes turbulences.
Le déclenchement d’un nouveau conflit au Moyen-Orient à la fin du mois de février 2026 a profondément perturbé les marchés internationaux, entraînant une flambée des prix du pétrole et du gaz, une résurgence des tensions inflationnistes ainsi qu’un renchérissement du coût du financement sur les marchés internationaux.
Selon les projections présentées par le ministre, la croissance mondiale devrait s’établir à 3,1 % en 2026, contre 3,3 % initialement attendus. En Afrique subsaharienne, elle est désormais estimée à 4,3 %, tandis que celle du Sénégal devrait atteindre 3,2 %, soit 1,8 point de moins que les prévisions retenues dans la loi de finances initiale.
Malgré ce contexte, le gouvernement estime que l’économie nationale a démontré sa capacité à absorber les chocs extérieurs grâce aux mesures de redressement déjà engagées.
« Le Sénégal a démontré une réelle capacité d’absorption du choc », a insisté Cheikh Diba, évoquant notamment la maîtrise du besoin de financement, le maintien des investissements publics, la protection des couches vulnérables et la poursuite des réformes économiques.
Le retour à la norme de l’UEMOA comme objectif
L’un des principaux engagements du DPBEP concerne la réduction progressive du déficit budgétaire.
Après avoir été contenu à 6,4 % du PIB en 2025, contre un objectif de 7,8 % inscrit dans la loi de finances rectificative, le déficit devrait poursuivre sa baisse pour atteindre 4,9 % du PIB en 2027, 3,8 % en 2028 puis 3 % en 2029, conformément au plafond fixé par l’UEMOA.
Selon le ministre, cette trajectoire n’est pas le fruit d’une politique d’austérité mais d’une meilleure qualité de la dépense publique.
Il a expliqué que le déficit résiduel sera exclusivement consacré au financement des investissements, tandis que les dépenses courantes seront intégralement couvertes par les recettes de fonctionnement.
Cette stratégie doit permettre à l’État de retrouver progressivement des marges budgétaires tout en renforçant sa crédibilité auprès des investisseurs et des partenaires techniques et financiers.
Une réforme fiscale de grande ampleur
Pour soutenir cette trajectoire, le gouvernement entend engager une profonde transformation de son système fiscal.
Cheikh Diba a annoncé la poursuite de la réforme du Code général des impôts et du Code des douanes, la modernisation de l’administration fiscale, la digitalisation des procédures ainsi que la recherche de nouvelles niches fiscales et non fiscales.
Le gouvernement souhaite également renforcer la fiscalité applicable à l’économie numérique, améliorer la taxation des activités extractives, notamment minières et pétrolières, tout en réduisant les dépenses fiscales jugées peu efficaces.
Ces différentes mesures s’inscrivent dans la Stratégie de recettes à moyen terme (SRMT), dont l’objectif est de porter progressivement la pression fiscale au seuil communautaire de 20 % du PIB.
Plus de 18 000 milliards de recettes attendues
Le DPBEP prévoit des recettes du budget général de 18 286 milliards de FCFA entre 2027 et 2029.
Les ressources internes représenteront 17 654,8 milliards de FCFA, avec une progression annuelle moyenne de 6,1 %, passant de 5 527 milliards en 2027 à 6 224,2 milliards en 2029. Cette évolution sera portée par les effets attendus des réformes fiscales et douanières ainsi que par la mise en œuvre du Plan de redressement économique et social.
Les ressources extérieures devraient atteindre 631,2 milliards de FCFA sur la période.
Concernant les hydrocarbures, les projections ont été revues à la baisse en raison de la volatilité des marchés internationaux. Les recettes attendues sont désormais estimées à 703,2 milliards de FCFA, réparties entre 397,8 milliards en 2027, 168 milliards en 2028 et 137,4 milliards en 2029.
Le gouvernement entend affecter ces ressources au financement des secteurs sociaux, au développement du secteur privé, au soutien des PME, à la campagne agricole ainsi qu’aux programmes de réduction de la pauvreté.
Une réduction des dépenses de fonctionnement
Les dépenses du budget général atteindraient 21 190,8 milliards de FCFA sur la période triennale.
Toutefois, le gouvernement prévoit une baisse des dépenses courantes, qui passeraient de 4 485,7 milliards de FCFA en 2027 à 4 326,3 milliards en 2029, soit une diminution de 159,4 milliards.
Cette évolution résulterait principalement :
- de la rationalisation des subventions ;
- de la réduction des transferts aux organismes publics ;
- de la maîtrise de la masse salariale ;
- de la baisse des charges liées à la dette publique.
Les intérêts de la dette diminueraient ainsi de 242,5 milliards de FCFA entre 2027 et 2029.
Les dépenses d’acquisition de biens et services devraient également reculer sous l’effet des mesures de rationalisation engagées au sein de l’administration.
En revanche, la masse salariale continuerait de progresser pour accompagner les recrutements et l’intégration des enseignants contractuels dans la fonction publique, tout en restant sous le seuil de 35 % des recettes fiscales fixé par l’UEMOA.
Les investissements progressent de plus de 500 milliards
À l’inverse des dépenses de fonctionnement, les dépenses d’investissement augmenteront fortement.
Le gouvernement prévoit d’y consacrer 7 840,2 milliards de FCFA sur trois ans, soit une progression de 509,7 milliardsentre 2027 et 2029.
Ces investissements concerneront aussi bien les projets financés sur ressources internes que ceux soutenus par les partenaires extérieurs.
Le ministre a indiqué que les arbitrages budgétaires privilégieront désormais les projets présentant le plus fort impact économique et social, tandis que les programmes jugés peu performants feront l’objet d’une rationalisation.
Le capital humain au cœur des priorités
La programmation budgétaire traduit également les priorités du gouvernement en matière de développement.
L’axe consacré au capital humain et à l’équité sociale bénéficiera de 2 697 milliards de FCFA, devant celui consacré à l’économie compétitive, doté de 2 359,9 milliards, et celui relatif à l’aménagement durable du territoire, qui recevra 1 536,7 milliards.
Dans la répartition sectorielle des dépenses, les affaires économiques concentreront 29 % des crédits budgétaires, devant l’enseignement (22,3 %), la protection sociale (8,6 %), la santé (8,5 %), l’environnement (près de 5 %), la défense(4,8 %) et l’ordre et la sécurité publics (3,9 %).
Selon Cheikh Diba, ces choix traduisent la volonté du gouvernement d’accélérer la transformation productive de l’économie tout en renforçant le capital humain, la cohésion sociale et la résilience climatique.
Une nouvelle stratégie de financement
Le besoin global de financement de l’économie est estimé à 19 689,4 milliards de FCFA sur la période 2027-2029.
Pour y répondre, le gouvernement entend privilégier les financements concessionnels, renforcer la coopération avec les partenaires traditionnels mais aussi diversifier ses sources de financement, notamment vers les pays arabes et asiatiques.
Cheikh Diba a également insisté sur le rôle croissant que devront jouer les partenariats public-privé (PPP) dans la réalisation des grands projets structurants.
La création de l’Unité nationale d’appui aux partenariats public-privé (UNAPPP) et les nouvelles réformes encadrant ces contrats doivent permettre au secteur privé de prendre progressivement le relais de l’État dans le financement de certaines infrastructures.
En conclusion, le ministre a présenté ce DPBEP comme le premier cadre budgétaire triennal d’un Sénégal devenu producteur d’hydrocarbures. Il a estimé que le document marque une nouvelle étape dans la stratégie économique du pays, en conciliant assainissement des finances publiques, transformation productive de l’économie et investissements prioritaires dans le capital humain. Selon lui, l’enjeu est de faire des nouvelles ressources nationales « le socle d’une prospérité partagée et durable » plutôt qu’une simple rente.





