
ÉTHIQUE ET DÉONTOLOGIE : LE TRIBUNAL DES PAIRS DU CORED INSTALLE SES 12 MEMBRES FACE AUX NOUVEAUX DÉFIS MÉDIATIQUES

Le Tribunal des pairs du CORED entame une nouvelle mandature. Les 12 membres de cette instance ont été officiellement installés, mercredi, à la Maison de la Presse Babacar Touré, en présence de professionnels des médias, de doyens de la presse et de représentants des institutions publiques. Ils se sont engagés à exercer leur mission en toute indépendance et impartialité, dans le respect des règles d’éthique et de déontologie journalistiques.
Présidant la cérémonie, le ministre de la Communication et des Relations avec les institutions, porte-parole du gouvernement, Bacary Sarr, a insisté sur la responsabilité qui incombe aux nouveaux membres. Il les a appelés à contribuer à la préservation de la crédibilité de l’information et au renforcement de la confiance du public envers les médias.
« Une responsabilité noble mais exigeante, puisqu’elle conduit à apprécier vos pairs et à contribuer, dans l’intérêt de tous, à la préservation de l’éthique, de la déontologie et de la crédibilité de l’information », a-t-il déclaré.
Le ministre a également souligné les mutations profondes du paysage médiatique, sous l’effet des réseaux sociaux, des plateformes numériques, des web TV et de l’émergence de nouveaux producteurs de contenus. Face à ces transformations, il a plaidé pour une autorégulation davantage préventive et pédagogique, adaptée aux nouvelles pratiques de production et de diffusion de l’information.
Il a notamment insisté sur la nécessité d’une vigilance accrue face aux contenus générés ou manipulés par l’intelligence artificielle, appelant les professionnels à développer leur capacité à détecter les images falsifiées et à assumer pleinement leur responsabilité éditoriale.
L’indépendance et l’éthique au cœur des engagements
Au nom de ses collègues, la journaliste Awa Thiaw a lu la déclaration d’engagement des nouveaux membres du Tribunal des pairs. Ces derniers ont affirmé leur volonté de ne se laisser dicter leur conduite, leurs opinions ou leurs décisions par aucun pouvoir politique, financier ou autre.
Ils se sont engagés à examiner « avec droiture et diligence » les manquements présumés aux règles professionnelles, aussi bien par auto-saisine que sur la base des plaintes qui leur seront adressées.
Leur engagement porte également sur la protection des journalistes et des techniciens des médias contre les pressions, la promotion du respect mutuel entre professionnels et la lutte contre le plagiat, la malveillance et les comportements hostiles. Les membres ont par ailleurs réaffirmé leur attachement au droit du public à une information équilibrée, juste et objective.
Ils ont promis de ne cautionner aucun contenu discriminatoire, notamment fondé sur le sexe, la race ou le handicap, ni aucune publication incitant à la haine ou à la vengeance. Le respect de la vie privée et des obligations professionnelles figure également parmi les principes réaffirmés.
« Nous, membres du Tribunal des pairs du CORED, prenons cet engagement pour que le premier jugement du journaliste et des techniciens des médias soit celui de leurs pairs », a déclaré Awa Thiaw.
Elle a précisé que cette démarche doit privilégier la défense et le renforcement de la profession plutôt qu’une condamnation définitive des professionnels mis en cause. L’objectif est ainsi de faire de l’autorégulation un mécanisme de responsabilisation, mais aussi d’apprentissage et d’amélioration des pratiques journalistiques.
Le CORED plaide pour un renforcement de ses moyens
Le président du CORED, Ousmane Ibrahima Dia, a rappelé que les décisions de l’instance reposent essentiellement sur leur portée morale. « Si le CORED n’a pas de pouvoir coercitif, sa sanction est la condamnation morale », a-t-il expliqué, en soulignant le principe du jugement par les pairs.
Le Conseil peut être saisi par toute personne physique ou morale estimant qu’un manquement à l’éthique et à la déontologie a été commis dans les médias. Il peut également se saisir lui-même de questions relevant de son champ de compétence. Ce mécanisme offre au public une voie de recours professionnel, sans se substituer aux procédures judiciaires éventuellement engagées.
Face à la multiplication des canaux de diffusion et à la circulation des fausses informations, Ousmane Ibrahima Dia a plaidé pour un renforcement des capacités du CORED, notamment en matière de suivi des contenus médiatiques et de traitement des manquements professionnels.
Il a également appelé à la mise en place d’un régulateur des médias doté des compétences nécessaires pour répondre aux défis du secteur, tout en exprimant son attente concernant le Conseil national de régulation des médias et du numérique (CNRM).
Pour le président du CORED, le développement de l’autorégulation constitue un levier important pour promouvoir la responsabilité des médias et préserver les fondamentaux du journalisme : le respect des faits, le pluralisme des opinions et l’équilibre dans le traitement de l’information.
L’intelligence artificielle, nouveau défi de l’autorégulation
La cérémonie a également été marquée par une leçon inaugurale prononcée par le professeur de droit Abdoulaye Sakho sur le thème : « Régulation et autorégulation : enjeux et défis face à l’essor de l’intelligence artificielle ».
Le juriste a mis en évidence les risques liés à l’utilisation de ces technologies dans la production de l’information, notamment la fabrication de faits ou de citations et la diffusion d’images manipulées. Il a souligné que l’intelligence artificielle ne saurait se substituer à la responsabilité humaine dans le travail journalistique.
Ces enjeux appellent, selon les orientations développées lors de la rencontre, une adaptation des pratiques professionnelles et un renforcement des mécanismes de vérification, afin de préserver la fiabilité des contenus diffusés.
La directrice des Affaires civiles et du Sceau au ministère de la Justice, Marie Odile Thiakane Ndiaye, a, pour sa part, évoqué l’intérêt des mécanismes de proximité, de médiation et de conciliation. Elle a également exprimé la disponibilité de son département à accompagner les professionnels des médias, notamment à travers des formations et des échanges sur les textes encadrant leurs activités.
Composé de 12 membres, le nouveau Tribunal des pairs du CORED, installé pour la période 2026-2029, aura ainsi à concilier défense de la liberté de la presse, respect des règles professionnelles et adaptation aux mutations technologiques.





