
HYDROCARBURES : LE SÉNÉGAL VEUT ACCÉLÉRER L’INVESTISSEMENT LOCAL POUR ATTEINDRE 50 % DE CONTENU LOCAL D’ICI 2030

Le gouvernement entend faire de l’industrie pétrolière et gazière un véritable moteur d’industrialisation et de création de valeur pour l’économie nationale. Réunis mardi à Dakar lors d’un atelier national consacré à l’investissement local dans les opérations pétrolières et gazières, autorités, patronat, secteur privé et institutions financières ont plaidé pour une montée en puissance des entreprises sénégalaises dans un secteur appelé à jouer un rôle stratégique dans le développement du pays.
Présidant les travaux, le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Dr El Hadji Abdourahmane Diouf, a rappelé que la réussite de l’exploitation des hydrocarbures ne saurait être évaluée uniquement à l’aune des volumes produits ou des recettes générées. Selon lui, elle doit également se traduire par le renforcement des entreprises nationales, la création d’emplois qualifiés et un transfert accru de compétences.
Le ministre a souligné que, depuis l’entrée du Sénégal dans l’ère de la production pétrolière et gazière, le défi consiste désormais à transformer ces ressources en levier d’industrialisation, de souveraineté énergétique et de croissance économique. Il a réaffirmé l’ambition des pouvoirs publics d’atteindre un taux de 50 % de contenu local à l’horizon 2030, appelant l’ensemble des acteurs à renforcer les investissements nationaux.
Le financement, principal défi
Au cœur des échanges, la question du financement des entreprises locales est apparue comme le principal obstacle à leur participation aux grands projets énergétiques.
« Le financement constitue un levier central pour arrimer le secteur privé national aux standards élevés de l’industrie extractive », a estimé El Hadji Abdourahmane Diouf, invitant les banques et les entreprises à engager un « rapprochement stratégique et immédiat » afin de lever les contraintes financières.
Le ministre a également encouragé le développement de partenariats entre entreprises sénégalaises et groupes internationaux, notamment à travers des transferts de technologies et la création de joint-ventures. « Notre ambition n’est pas d’opposer l’investissement étranger à l’investissement national », a-t-il insisté, tout en assurant que l’État veillera à maintenir un cadre juridique favorable aux investissements.
Le secteur privé réclame un changement d’échelle
Au nom des investisseurs sénégalais, Amadou Ly, président du Club des investisseurs du Sénégal, a appelé les autorités à permettre aux entreprises locales de dépasser le simple rôle de sous-traitants pour devenir des acteurs majeurs de l’industrie pétrolière et gazière.
S’appuyant sur la formule « Tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi », il a plaidé pour une implication pleine et entière du secteur privé dans le développement des hydrocarbures.
Selon lui, les difficultés d’accès au financement, les exigences de certification industrielle et le manque de clarté autour de la notion d’« entreprise locale » freinent fortement la participation des entrepreneurs sénégalais.
Il a notamment proposé la mise en place d’un mécanisme de financement public-privé mobilisant des institutions telles que la Caisse des dépôts et consignations, le FONSIS, la Banque nationale pour le développement économique et l’APIX. Il a également appelé à des missions de benchmarking dans des pays producteurs comme le Nigeria, le Brésil ou la Malaisie afin de s’inspirer de leurs modèles de développement.
Le patronat appelle à plus d’ambition… et de réalisme
Président du Conseil national du patronat (CNP), Baidy Agne a, pour sa part, insisté sur la nécessité de bâtir une stratégie nationale plus inclusive, reposant sur des chaînes de valeur intégrées et une présence accrue des capitaux sénégalais dans l’ensemble de la filière.
Il a encouragé les opérateurs économiques à investir dans toutes les composantes de l’industrie, de l’exploration au raffinage, en passant par le transport, le stockage, la liquéfaction et la pétrochimie.
Le dirigeant du CNP a toutefois appelé à une évaluation lucide des capacités financières du secteur privé. Pour les projets nécessitant des investissements particulièrement importants, à l’image du développement du gisement Yakaar-Teranga, il estime que le recours aux investissements directs étrangers demeure nécessaire lorsque les moyens nationaux sont insuffisants.
Des attentes sur le cadre juridique
Au-delà du financement, Baidy Agne a plaidé pour un environnement juridique plus protecteur des investisseurs locaux. Il a notamment demandé davantage de garanties sur les procédures d’expropriation et une transparence accrue dans les négociations avec les compagnies internationales afin d’assurer une meilleure place aux entreprises sénégalaises.
Le président du CNP a également regretté que le récent appel d’offres international lancé par le FONSIS pour une centrale électrique de 500 mégawatts ne prévoie aucun mécanisme de discrimination positive en faveur des entreprises nationales.
Enfin, il a invité les acteurs économiques sénégalais à dépasser leurs divisions internes, estimant que les rivalités entre entreprises nationales freinent l’émergence de véritables champions capables de tirer profit des opportunités offertes par le pétrole et le gaz.
À travers cet atelier, les autorités et le secteur privé affichent une volonté commune : faire du contenu local un pilier de la politique énergétique nationale. Reste désormais à traduire cette ambition en mécanismes concrets de financement, de formation et de gouvernance afin que l’exploitation des hydrocarbures bénéficie durablement à l’économie sénégalaise.





