
RÉFORMES INSTITUTIONNELLES ET JUSTICE: SOULEYMANE BACHIR DIAGNE INSISTE SUR LA CONCERTATION ET LA VOIX DU PEUPLE

Alors que le Sénégal s’apprête à engager des réformes institutionnelles et politiques annoncées par le président de la République dans son message à la nation du 31 décembre, le philosophe et universitaire Souleymane Bachir Diagne a livré une analyse nuancée sur les enjeux démocratiques et la légitimité de ces transformations.
Pour le professeur, attaché à une vision mélioriste de la politique, les réformes sont nécessaires mais doivent s’inscrire dans un cadre réfléchi et durable. « Je crois en la société ouverte, telle que l’a définie Karl Popper, c’est-à-dire une société toujours ouverte à la réforme », a-t-il expliqué, en insistant sur l’importance de mener des réformes « à bon escient » et de préserver la stabilité de la Constitution. Selon lui, les institutions sénégalaises ont, jusqu’ici, assuré un fonctionnement relativement satisfaisant, garantissant un certain nombre d’acquis démocratiques.
La concertation apparaît comme un élément central pour Souleymane Bachir Diagne. Il estime que le déroulement des Assises nationales, qui ont permis un débat élargi sur les réformes, constitue déjà un point positif. Mais, souligne-t-il, « cet aspect de concertation doit être présent tout au long de la chaîne : entre la discussion, la mise en musique dans les textes et la décision finale, qu’elle soit parlementaire ou référendaire ».
Face aux réformes profondes, le philosophe plaide en faveur d’une garantie des décisions législatives dépassant les configurations circonstancielles des majorités parlementaires et s’inscrivant dans le temps long. « Toute réforme qui touche à la Constitution doit légiférer pour l’avenir, pour les générations à venir », explique-t-il, rappelant que la légitimité populaire est essentielle pour asseoir la durabilité des transformations.
Sur la question de la justice, Souleymane Bachir Diagne adopte une posture prudente, reconnaissant ne pas être juriste. Il insiste toutefois sur l’importance de la perception de la justice par le peuple. « Si le peuple a le sentiment que la justice n’est pas au service de la justice, il y a un problème. Et si elle est perçue comme au service d’une politique, il y a également un problème », a-t-il averti. Pour lui, la réforme de la justice doit viser à protéger l’institution contre ces perceptions et à renforcer sa crédibilité.
Ainsi, pour le philosophe, la réussite des réformes institutionnelles et politiques repose sur un équilibre délicat : concilier nécessité de modernisation, concertation approfondie, légitimité populaire et préservation de la stabilité constitutionnelle. Une démarche qui, selon lui, permettra d’améliorer continuellement le système politique sénégalais tout en consolidant ses acquis démocratiques.





