
RÉGULATION DES PRIX : EL HADJ ALIOUNE DIOUF PROPOSE LA CRÉATION D’UNE DIRECTION DU CONTRÔLE DES PRIX

Face à la persistance des tensions sur le coût de la vie, l’ancien directeur du Commerce intérieur, El Hadj Alioune Diouf, estime que l’État dispose de leviers importants pour agir sur les prix. Invité de l’émission Point de vue, il préconise notamment un renforcement du contrôle économique, un meilleur ciblage des subventions et une réforme des circuits de distribution.
Pour le commissaire aux enquêtes économiques, la question des subventions ne peut être abordée sous le seul angle de leur réduction. « Je ne suis pas contre les subventions. C’est même nécessaire. Partout dans le monde, on subventionne », soutient-il, tout en appelant à mieux cibler les secteurs et les bénéficiaires.
L’énergie constitue, à ses yeux, un domaine dans lequel le soutien public demeure nécessaire. Un coût élevé de l’énergie pourrait, selon lui, compromettre les ambitions d’industrialisation et réduire l’attractivité du pays pour les investisseurs. En revanche, il se montre plus réservé concernant les subventions sur certaines denrées de consommation.
Dans une économie ouverte comme celle du Sénégal, explique-t-il, une subvention généralisée du riz, de l’huile ou du sucre peut entraîner une sortie de ces produits vers les pays voisins, où les prix peuvent être plus élevés. « Si vous subventionnez le riz, l’huile va prendre la direction des frontières », relève-t-il.
Au-delà de la question des subventions, Alioune Diouf appelle surtout à renforcer les mécanismes de surveillance des prix. Il considère que l’État ne doit pas abandonner les produits de première nécessité aux seules forces du marché.
L’ancien responsable du Commerce intérieur propose ainsi la création d’une direction du contrôle des prix, qui viendrait, selon lui, donner davantage de moyens et de visibilité à l’action publique. Il juge insuffisants certains dispositifs actuels et estime que le contrôle doit permettre de distinguer les hausses justifiées par les coûts de celles relevant de la spéculation.
Cette régulation devrait également concerner les circuits de distribution. Alioune Diouf dénonce la multiplication des intermédiaires entre producteurs et consommateurs, qu’il considère comme l’un des facteurs de renchérissement des produits.
Il cite notamment l’exemple du poisson, dont le prix peut fortement augmenter entre le débarquement et le consommateur final. Même constat, selon lui, pour certaines productions agricoles. « Les producteurs ne vivent pas de leur production », regrette-t-il, appelant à revoir l’organisation des circuits commerciaux.
Pour l’ancien directeur du Commerce intérieur, la réponse au coût de la vie passe donc par une intervention publique mieux structurée : contrôle des prix, réduction des intermédiaires, ciblage des subventions et protection du marché intérieur. Une approche qui, selon lui, doit permettre de concilier soutien aux ménages, protection des producteurs et préservation du pouvoir d’achat.





