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SERIGNE MOUSSA NAWEL MBACKÉ, L’OMBRE DU KHALIFE

a-la-une
28 juil. 2026
a-la-une

Il est des hommes dont la présence en dit davantage que les discours. À Touba, comme partout où se déplace le Khalife général des Mourides, les fidèles ont appris à reconnaître ce signe discret. Lorsqu’apparaît Serigne Moussa Mbacké Nawel, scrutant les lieux, échangeant avec les organisateurs, rectifiant un détail du protocole ou réorganisant les derniers préparatifs, chacun comprend que l’arrivée de Serigne Mountakha Bassirou Mbacké est imminente. Cette scène, presque immuable, s’est imposée au fil des années comme le symbole d’une mission exercée dans l’ombre : préparer la voie du Khalife, afin que rien ne puisse entraver sa marche.

Depuis janvier 2018, Serigne Moussa Nawel occupe la fonction de Jëwriñ de la communauté mouride, l’une des plus hautes responsabilités de la confrérie. Si le mouridisme devait être décrit selon un ordre protocolaire, nombreux sont ceux qui le présenteraient comme le « numéro deux » de la communauté. Une expression qui ne correspond pas à un titre officiel, mais qui traduit la place singulière qu’il occupe auprès du Khalife général. Coordinateur des activités du khalifat, chef du protocole, organisateur des déplacements et interlocuteur privilégié des principaux responsables de Touba, il est devenu l’un des rouages essentiels de la gouvernance religieuse mouride.

Cette proximité avec le Khalife plonge pourtant ses racines bien avant son accession au khalifat. Né au début des années 1950 à Darou Salam Kayel, dans le département de Mbacké, Serigne Moussa Nawel est le fils de Serigne Moustapha Bassirou Mbacké, frère aîné de Serigne Mountakha Bassirou Mbacké. Le Khalife général est donc son oncle paternel. Élevé dans cette grande maison où la transmission du savoir, du service et de la discipline constitue un héritage familial, il grandit sous l’autorité de son père, dont il deviendra le khalife après son rappel à Dieu en 2007. Dès lors, il poursuit son œuvre religieuse, éducative et sociale entre Nawel, Porokhane et les différentes localités où l’influence de Serigne Moustapha Bassirou continue de rayonner.

Lorsque Serigne Mountakha Bassirou Mbacké devient Khalife général des Mourides, l’une de ses premières décisions est de confier à son neveu la fonction de Jëwriñ. Le choix est hautement symbolique. Cette responsabilité stratégique était jusque-là exercée par Serigne Mountakha lui-même. En désignant Serigne Moussa Nawel pour lui succéder, le Khalife témoigne d’une confiance absolue envers celui qui partage depuis des décennies son quotidien et sa vision du service.

À observer Serigne Moussa Nawel dans l’exercice de ses fonctions, on comprend rapidement que son autorité repose moins sur la parole que sur l’action. Peu loquace, rarement sous le feu des projecteurs, il préfère la rigueur de l’organisation à l’exposition médiatique. Avant chaque sortie du Khalife, il est le premier à investir les lieux. Il inspecte les accès, échange avec les responsables du protocole, veille à la disposition des autorités religieuses et administratives, coordonne les équipes chargées de la sécurité et de l’accueil, puis s’efface une fois sa mission accomplie. Cette vigilance permanente lui a valu le respect des fidèles, qui voient en lui le garant de la sérénité entourant chacune des apparitions de Serigne Mountakha.

Son allure participe également à cette image devenue familière. Grand boubou soigneusement porté, manteau jeté sur les épaules, barbe blanche parfaitement entretenue, Serigne Moussa Nawel dégage une autorité naturelle qui impressionne sans jamais chercher à intimider. Chez lui, chaque détail semble rappeler que le protocole n’est pas une simple organisation matérielle, mais une manière de préserver la dignité de l’institution incarnée par le Khalife général.

Cette dimension symbolique atteindra son expression la plus forte le 27 septembre 2019, lors de l’inauguration de la grande mosquée Massalikoul Jinaan à Dakar. Alors que des centaines de milliers de fidèles convergent vers la capitale pour vivre cet événement historique, Serigne Moussa Nawel orchestre, comme à son habitude, l’ensemble du dispositif d’accueil. Mais ce jour-là, son habillement retient également l’attention. Selon des témoignages largement relayés au sein de la communauté mouride, la ceinture qu’il porte autour de la taille appartenait à Cheikh Ahmadou Bamba, tandis que le manteau posé sur ses épaules était celui de Mame Cheikh Ibrahima Fall. Au-delà de leur valeur patrimoniale, ces deux objets incarnent les fondements mêmes du mouridisme : l’héritage spirituel du fondateur et l’idéal du khidma, le service absolu au Cheikh. Sans prononcer un mot, Serigne Moussa Nawel donnait ainsi à voir une continuité historique entre les générations de guides et de serviteurs de la voie mouride.

Son engagement ne se limite cependant pas aux responsabilités religieuses. Homme de terrain, il est également reconnu pour son investissement dans le développement agricole. En 2015, dans le cadre du Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise (PRACAS), il met en valeur près de 450 hectares de riz dans la vallée du fleuve Sénégal avec l’ambition de contribuer à l’objectif national d’autosuffisance alimentaire. Son sérieux dans la gestion de ses exploitations et le remboursement régulier de ses crédits agricoles lui valent les éloges de la SAED, dont le directeur général de l’époque, Samba Kanté, le présente comme un modèle pour les producteurs sénégalais. Une reconnaissance qui illustre parfaitement la philosophie héritée de Cheikh Ahmadou Bamba, pour qui la spiritualité devait toujours s’accompagner du travail.

À Nawel, dont son père lui avait confié la responsabilité, Serigne Moussa Nawel poursuit enfin une autre mission, plus silencieuse encore : celle de préserver un héritage. Il supervise plusieurs daaras, développe des activités agricoles et veille à la valorisation de cette cité religieuse intimement liée à l’histoire de Sokhna Asta Walo Mbacké, mère de Sokhna Mame Diarra Bousso. À travers cette œuvre quotidienne, il s’attache à transmettre les valeurs qui ont façonné son parcours : le travail, la discipline, le service et la fidélité aux enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba.

À une époque où la visibilité semble être devenue une fin en soi, Serigne Moussa Nawel continue d’incarner une autre conception du leadership. Celle d’un homme qui ne cherche ni les projecteurs ni les honneurs, mais qui préfère l’efficacité à la notoriété et le service à la représentation. Sa silhouette précède presque toujours celle du Khalife général des Mourides, non pour occuper la scène, mais pour la préparer. C’est peut-être là que réside toute la singularité de son parcours : faire de l’ombre une manière d’éclairer la voie.

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