
AFRICA SPACE EXPO 2026 : LA SENSAT PRÉSENTE L’EXPÉRIENCE DU SÉNÉGAL DANS LE DÉVELOPPEMENT DE L’ÉCOSYSTÈME SPATIAL

Le Sénégal ne veut pas que GAINDESAT-1A reste une réussite isolée. Deux ans après la mise en orbite de son premier satellite, Dakar cherche à franchir un nouveau cap : consolider ses compétences, multiplier les applications des données spatiales et, surtout, inscrire son expérience dans une dynamique africaine.
C’est l’un des messages portés par le professeur Gayane Faye, coordonnateur de la SENSAT, à l’Africa Space Expo 2026. Pour lui, l’expérience acquise depuis le lancement du programme spatial sénégalais en 2019 peut désormais servir à d’autres pays du continent, notamment à la Côte d’Ivoire qui a créé son Agence spatiale en 2025.
« Il ne sert à rien de chercher à réinventer la roue », estime le responsable sénégalais, qui invite Abidjan à tirer profit des enseignements du parcours sénégalais, y compris des erreurs commises.
L’enjeu dépasse le satellite
Car l’ambition sénégalaise n’était pas simplement de disposer d’un satellite portant les couleurs nationales. GAINDESAT-1A devait aussi servir de laboratoire grandeur nature pour former des compétences et construire progressivement une chaîne nationale de valeur.
Quatre objectifs avaient été identifiés : développer l’expertise locale et le transfert de compétences dans la fabrication des satellites, mettre en place des infrastructures terrestres pour récupérer les données, expérimenter une mission de collecte en situation réelle et démontrer la capacité du Sénégal à conduire un programme spatial.
Cette dernière dimension semble aujourd’hui prendre de l’importance. Les données satellitaires peuvent notamment être utilisées pour le suivi des forêts, de l’eau, des ressources naturelles ou encore de paramètres climatiques.
La SENSAT travaille ainsi sur un système permettant à des équipements installés sur différents sites de transmettre des données vers Dakar par l’intermédiaire du satellite. Les premiers tests, selon Gayane Faye, sont concluants.
Un deuxième satellite en préparation
La prochaine étape est déjà engagée. Un deuxième satellite est actuellement en construction, annonce le coordonnateur de la SENSAT. Son lancement doit permettre d’aller plus loin dans le déploiement des stations de collecte de données, au Sénégal mais également à l’étranger. Une évolution qui ouvre aussi une perspective commerciale, avec la possibilité de proposer certains services à d’autres pays.
Et le programme ne devrait pas s’arrêter là. Deux autres satellites doivent, selon la SENSAT, être entièrement construits par des Sénégalais. Une évolution qui traduit le passage progressif d’une logique d’apprentissage à une logique de maîtrise technologique.
Une main tendue à Abidjan
C’est dans ce contexte que le rapprochement avec la Côte d’Ivoire prend une dimension particulière. Abidjan prépare son entrée dans le secteur spatial avec une agence créée en 2025. Mais le pays veut prendre le temps de construire les fondations de son programme. Le directeur général de l’Agence spatiale de Côte d’Ivoire, Tidiane Ouattara, rappelait récemment la nécessité de mettre en place le cadre juridique, la gouvernance, les orientations stratégiques et les compétences nécessaires avant de passer à l’étape du satellite.
Sur ce terrain, le Sénégal dispose déjà d’un retour d’expérience. Gayane Faye rappelle que Dakar avait lui-même bénéficié de l’expérience du Centre spatial universitaire de Montpellier, notamment dans la fabrication de satellites. Cette coopération avait permis au Sénégal de réduire son temps d’apprentissage.
Le message adressé à Abidjan est donc celui d’une coopération plutôt que d’une compétition : mutualiser les expériences pour éviter de reproduire certaines erreurs et accélérer la montée en compétence des acteurs africains.
Du spatial au géospatial et à l’intelligence artificielle
À Abidjan, cette approche s’est également traduite dans les faits. La participation sénégalaise à ASPEX 2026 ne s’est pas limitée à une exposition de technologies.
La SENSAT y a présenté NINKI-NANKA, son projet de constellation de satellites d’observation de la Terre, ainsi que FUSEX, avec notamment le prototype de fusée MALAAW. La délégation sénégalaise réunissait également plusieurs acteurs de l’écosystème national, dont GS Afrique, Esri Sénégal, Yoonir Solutions, Senegal Flying Labs et l’Association sénégalaise des professionnels de la géomatique.
Surtout, la SENSAT a conclu, à l’issue de l’événement, un partenariat avec une start-up ivoirienne spécialisée dans le géospatial et l’intelligence artificielle. Un rapprochement qui donne un autre relief à la présence sénégalaise à ASPEX. L’enjeu n’est plus seulement de fabriquer des satellites ou de les mettre en orbite, mais de construire autour du spatial des applications, des services, des compétences et des opportunités économiques.
Le Sénégal veut ainsi faire de son expérience acquise depuis 2019 un point d’appui pour la prochaine étape : passer du statut de pays ayant réussi à lancer un satellite à celui d’acteur capable de contribuer à l’émergence d’un véritable écosystème spatial africain.





