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ÉLECTIONS LOCALES : BABACAR FALL DÉNONCE UN « REPORT DE FAIT » ET RÉCLAME UN DIALOGUE SUR LES RAISONS DU DÉCALAGE

a-la-une
04 oct. 2026
a-la-une

Le débat sur les prochaines élections locales prend une nouvelle dimension à mesure que l’échéance électorale se rapproche sans qu’une date ne soit officiellement fixée. Pour Babacar Fall, coordinateur du Groupe de recherche et d’appui conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance (GRADEC), le Sénégal se trouve désormais dans une situation qu’il qualifie de « report de fait », même en l’absence d’une décision formelle.

L’acteur de la société civile rappelle d’abord une position constante : il n’est pas favorable au couplage des élections et estime que les élections locales auraient dû se tenir à leur échéance. « Moi, je ne suis pas partisan, en tout cas, je ne suis pas d’accord pour le couplage. Les élections locales, il fallait, de mon point de vue, vraiment les faire à date échue », affirme-t-il. Markdown collé

Cette position, précise Babacar Fall, avait déjà été portée par la société civile lors d’un point de presse organisé quelques semaines auparavant. Il reconnaît que les élections territoriales sénégalaises ont connu plusieurs reports par le passé, mais refuse d’en faire une justification automatique. « À chaque fois que les élections locales ont été reportées, il y a eu une raison bien précise », rappelle-t-il, en évoquant notamment les reports intervenus en 2001, en 2007 puis celui ayant conduit au scrutin de 2022. 

« Un silence et un flou » autour de la date

C’est surtout l’absence de concertation et de clarification qui préoccupe le coordinateur du GRADEC. S’appuyant sur sa lecture des dispositions du Code électoral, il rappelle que le mandat des conseillers municipaux est de cinq ans et estime que le processus devait conduire à la fixation d’une date dans les délais prévus.

« Si effectivement, à ce moment-là, on savait qu’on ne pouvait pas faire les élections, qu’est-ce qui aurait empêché […] le président d’appeler la classe politique, les différents acteurs, et discuter […] et qu’on ait un consensus sur le report des élections ? », interroge-t-il.

Pour Babacar Fall, c’est précisément cette absence de discussion qui a installé le flou actuel. « Il y a eu un silence […] et un flou qui a fait que, finalement, on est entrés aujourd’hui dans les délais et qui font qu’aujourd’hui, théoriquement, c’est, en fait, un report de fait, même si aucune décision n’est prise », soutient-il.

Dans son calcul, le scrutin aurait dû se tenir le 23 décembre, compte tenu de la règle qu’il invoque concernant la période précédant l’expiration du mandat. Le contexte des fêtes aurait ensuite conduit certains acteurs à envisager le 17 janvier 2027, date qu’il considère comme une échéance à laquelle les élections auraient encore pu être organisées.

Un report qui devrait, selon lui, être encadré

Babacar Fall conteste également l’idée selon laquelle le scrutin pourrait être repoussé largement au-delà de l’échéance du mandat sans clarification juridique. Tout en prenant soin de ne pas remettre en cause les juridictions, il estime que certaines interprétations des textes méritent d’être discutées.

« Sans vouloir peut-être mettre en cause la décision de la Cour suprême […], je pense qu’il y a une interprétation erronée de cette disposition qui permet […] à un des camps de dire qu’ils ont jusqu’en décembre 2027 », déclare-t-il.

Son argument repose sur une lecture combinée de la Constitution et du Code électoral. À ses yeux, organiser les élections plusieurs mois après l’expiration du mandat ferait entrer les conseillers concernés dans une nouvelle année de mandat. « Lorsque vous faites l’élection dans le courant de 2027, en juin ou en décembre, vous êtes dans la sixième année, vous avez dépassé le mandat », fait-il valoir.

Dans cette hypothèse, le report devrait, selon lui, être formalisé. « Normalement, il faut avoir un consensus, faire un projet de loi et l’amener à l’Assemblée nationale », estime-t-il. Markdown collé

Contraintes financières et Acte 4 : des arguments à discuter

Le coordinateur du GRADEC ne nie toutefois pas les difficultés qui pourraient peser sur l’organisation du scrutin. Il reconnaît notamment le poids de la situation financière du pays. Dans le même entretien, il souligne qu’« une élection, elle coûte cher. Elle coûte des dizaines de milliards ».

À cela s’ajoutent les réformes envisagées dans le cadre de l’Acte 4 de la décentralisation, qui pourraient avoir des conséquences sur la carte électorale, notamment en cas de fusion de communes. Pour Babacar Fall, ces éléments peuvent nourrir le débat, mais ils ne doivent pas être utilisés pour éviter la discussion.

« Quand vous avez des contraintes, vous avez donc une situation comme ça, mais il faut amener les acteurs », plaide-t-il. Il appelle ainsi le président de la République ou l’autorité chargée des élections à convoquer les différentes parties afin de mettre les difficultés sur la table. Markdown collé

Pour lui, les difficultés financières comme les enjeux liés à la décentralisation peuvent être compris par les acteurs politiques et sociaux, à condition que les raisons soient clairement exposées. « Le problème, pour moi, c’est de poser le débat et que les gens discutent pour trouver des solutions », insiste-t-il. 

« Un calendrier électoral est fait pour être respecté »

Babacar Fall récuse ainsi l’idée d’une société civile « obsédée » par les élections. Il dit défendre avant tout un principe démocratique : celui du renouvellement des mandats au terme de leur durée.

« Les gens ont le devoir de rendre compte, d’aller devant les électeurs, de faire le bilan, afin de permettre aux électeurs de choisir », rappelle-t-il. 

Pour autant, il ne ferme pas la porte à un report si les contraintes sont objectivement établies. « S’il y a des difficultés, le gouvernement se trouve dans l’impossibilité d’organiser des élections, pour des raisons qu’on peut comprendre, mais il faut les poser sur la table et engager un débat sur ça », nuance-t-il. 

C’est donc moins le principe d’un éventuel report que sa méthode qui semble poser problème au responsable du GRADEC. À ses yeux, le Sénégal dispose d’une tradition de dialogue politique qui pourrait permettre de sortir de l’impasse. Il cite notamment les consultations engagées en 2026 avec d’anciens Premiers ministres et anciens ministres de l’Intérieur.

« La discussion est toujours utile », affirme-t-il, avant de résumer sa conception du dialogue politique : « De la discussion, vraiment, jaillit toujours la lumière, les compromis. Et je pense que c’est ça, un peu, qui a manqué par rapport à la question électorale. »

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