
TRANSPARENCE ET REDDITION DES COMPTES : BABACAR FALL APPELLE À « LAISSER LA JUSTICE FAIRE SON TRAVAIL »

Les débats sur la transparence et la bonne gouvernance risquent, selon Babacar Fall, de perdre leur substance lorsqu’ils sont emportés par les calculs politiques. Pour le coordinateur du Groupe de recherche et d’appui conseil pour la démocratie participative et la bonne gouvernance (GRADEC), les divergences entre acteurs politiques finissent par détourner l’attention des véritables enjeux : la reddition des comptes, la gestion des deniers publics et les réponses aux difficultés économiques du pays.
Sur les controverses entourant les fonds spéciaux et la réforme du code pétrolier, il estime que les positions défendues par les différents camps peuvent sembler cohérentes prises séparément. Mais la confrontation politique empêcherait, selon lui, de faire progresser le débat. « Ce qui un peu fausse le débat, c’est les calculs politiques », déplore-t-il, comparant la situation à un « jeu de ping-pong ».
Pour Babacar Fall, le paradoxe est que les différents protagonistes se réclament de principes relativement proches. Transparence, bonne gouvernance et reddition des comptes figurent, dit-il, dans les discours des uns et des autres. L’enjeu serait désormais de traduire ces principes dans les pratiques.
Cette exigence prend une dimension particulière lorsqu’il s’agit de dossiers portant sur des montants importants de fonds publics. Le coordinateur du GRADEC cite notamment les affaires Kosmos Energy et ASER, sur lesquelles il souhaite que les mécanismes de contrôle et de justice puissent aller jusqu’au bout de leurs investigations.
Il rappelle avoir appris la saisine de l’Inspection générale d’État concernant le dossier Kosmos Energy et évoque, pour l’affaire ASER, l’intervention du pôle judiciaire financier. À ses yeux, ces procédures doivent permettre d’établir les responsabilités sur la base des faits et des investigations.
« Ce que nous attendons, c’est que la vérité puisse éclater par rapport à la gestion de ces fonds-là », affirme-t-il.
Le responsable de la société civile souhaite également voir mobilisés, lorsque cela est nécessaire, les différents organes compétents en matière de contrôle, citant notamment l’Inspection générale d’État, la Cour des comptes et l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption. Il insiste sur la nécessité d’enquêtes « très approfondies, sans parti pris », afin de déterminer qui a fait quoi et, le cas échéant, d’établir les responsabilités.
Le dossier Kosmos Energy illustre, à ses yeux, la nécessité d’un examen rigoureux des faits. Il rappelle que des versions divergentes ont été avancées sur la question des sommes en jeu et sur l’existence éventuelle d’un manque à gagner pour l’État. Il cite notamment le montant de 55 millions de dollars, soit environ 30 milliards de francs CFA, évoqué dans le débat public, tout en relevant que les explications apportées par les différentes parties ne concordent pas.
Pour Babacar Fall, c’est précisément cette divergence des versions qui rend nécessaire une démarche institutionnelle permettant d’établir les faits.
La même exigence vaut pour le dossier ASER, autour duquel il évoque un montant de 37 milliards de francs CFA. Sans préjuger des responsabilités, il estime que de tels montants justifient une attention particulière, dans un contexte de ressources financières limitées.
« Là, on vous parle de 30 milliards. De l’autre côté, du côté de l’ASER, on parle de 37 milliards. Mais c’est beaucoup d’argent », souligne-t-il.
Le coordinateur du GRADEC appelle toutefois à éviter la précipitation. La gravité des sommes évoquées ne doit pas, selon lui, conduire à une instruction politique ou médiatique des dossiers. Il préconise au contraire de laisser les institutions compétentes travailler dans la sérénité.
« Il faut laisser la justice faire son travail dans la sérénité. Sans pression aucune », insiste-t-il.
Cette prudence n’est pas, dans son propos, synonyme d’inaction. Babacar Fall souhaite que toutes les personnes ayant eu des responsabilités dans ces dossiers puissent être entendues et que les investigations prennent le temps nécessaire pour établir les faits.
L’objectif, résume-t-il, est de permettre aux Sénégalais de connaître la réalité de la gestion de ces dossiers et, lorsque des fautes sont établies, d’en tirer les conséquences.
Au-delà de Kosmos Energy et de l’ASER, le responsable du GRADEC replace cette exigence dans le débat plus large sur la gouvernance publique. Dans un contexte marqué par les difficultés économiques, la dette et les tensions sur les ressources publiques, il estime que la transparence et la reddition des comptes ne peuvent rester de simples engagements politiques.
« On ne peut pas continuer dans une situation d’impunité », soutient-il, appelant finalement à faire « toute la lumière » sur les dossiers en cause, tout en laissant aux institutions compétentes le soin d’établir les responsabilités.





