
FONDS POLITIQUES : MOUSSA TINE PLAIDE POUR UN ENCADREMENT QUI DÉPASSE LES QUERELLES DE PERSONNES

Le débat sur les fonds politiques ne devrait pas se réduire à un bras de fer entre le pouvoir exécutif et sa majorité parlementaire. Pour Moussa Tine, président de l’Alliance démocratique « Pencco », l’enjeu est plus profond : il s’agit de mettre en place des règles capables de survivre aux alternances et aux hommes qui se succèdent à la tête de l’État.
« Il faut arrêter de personnaliser les choses », insiste le juriste, qui considère que la question des fonds politiques doit être traitée comme un problème de gouvernance publique et non comme une arme dirigée contre un adversaire politique.
Une vieille zone grise de la gouvernance
Dans son analyse, Moussa Tine reconnaît d’abord l’existence d’une réalité souvent difficile à concilier avec l’exigence de transparence : un État peut avoir besoin de ressources dont l’utilisation ne peut pas toujours être rendue publique. Certaines dépenses liées à la diplomatie, à la sécurité ou à des opérations sensibles ne peuvent, selon lui, être exposées au grand jour sans compromettre les intérêts du pays.
Il cite notamment les actions clandestines qui peuvent être menées à l’étranger, l’aide à certains acteurs ou encore des opérations liées à la défense des intérêts du Sénégal. « Il y a des dépenses qui sont éligibles, qui sont exécutées dans le cadre des fonds politiques et qu’on ne peut pas dire », explique-t-il. Pour autant, l’existence de ces dépenses particulières ne devrait pas signifier absence de contrôle.
« La transparence doit aller jusqu’aux dépenses publiques »
C’est là que se situe, selon lui, le véritable chantier. Moussa Tine estime que le Sénégal doit sortir d’un système dans lequel certains responsables peuvent disposer de fonds sans mécanisme de contrôle suffisamment clairement établi. « Le problème que nous avons dans notre pays, ce n’est pas que des gens détournent de l’argent. C’est qu’il y a la possibilité de détourner de l’argent public », affirme-t-il.
Le président de Pencco propose ainsi de s’inspirer des mécanismes de gouvernance des grandes entreprises et des États modernes pour réduire les possibilités de détournement. L’objectif serait de faire en sorte que l’identité du détenteur du pouvoir ne change rien à la solidité des garde-fous. « Aucun homme n’a une vertu qui peut résister à la jouissance du pouvoir », prévient-il.
Pour lui, la réforme doit donc être conçue précisément pour éviter de dépendre de la vertu personnelle d’un président, d’un Premier ministre ou de tout autre responsable.
Un contrôle, mais avec le secret nécessaire
Moussa Tine ne défend pas la suppression des fonds politiques. Il plaide plutôt pour leur formalisation et leur contrôle. Son idée : définir clairement les bénéficiaires, préciser les dépenses autorisées et instaurer une instance capable d’en vérifier l’utilisation tout en respectant la confidentialité nécessaire à certaines opérations.
Il évoque notamment le modèle français, où une commission composée de parlementaires peut exercer un contrôle discret sur certaines dépenses publiques sensibles. Pour lui, la solution ne consiste donc pas à exposer publiquement chaque dépense, mais à faire en sorte qu’aucune ressource publique ne soit totalement soustraite à tout contrôle.
Ne pas viser uniquement le président de la République
Dans le débat actuel, Moussa Tine met également en garde contre une réforme qui viserait exclusivement les fonds dont dispose le chef de l’État. « Il ne faut pas simplement que ça s’arrête sur les fonds du président de la République », soutient-il.
Tous ceux qui bénéficient de ces ressources devraient, selon lui, être soumis aux mêmes obligations devant une commission habilitée à exercer un contrôle confidentiel. Cette approche permettrait, à ses yeux, de transformer une controverse politique en véritable réforme institutionnelle.
La gouvernance plutôt que la revanche politique
L’ancien député replace finalement cette question dans une critique plus générale de la gouvernance actuelle. Selon lui, le Sénégal ne peut construire des institutions solides en adaptant les règles aux rapports de force du moment. Il voit dans cette tentation de personnaliser les réformes « l’une des grandes erreurs de la gouvernance PASTEF » : avoir voulu combattre un système pour finalement risquer de le remplacer par la puissance d’un homme.
Sa conviction est claire : la véritable rupture ne réside pas dans le remplacement des acteurs, mais dans la création de mécanismes qui empêchent, quel que soit le pouvoir en place, la manipulation des institutions ou le détournement des ressources publiques.
Le débat sur les fonds politiques prend ainsi une dimension plus large. Derrière les accusations, les soupçons et les rivalités partisanes, se pose une question de fond : comment concilier les exigences de transparence d’une République moderne avec les nécessités de confidentialité inhérentes à l’exercice du pouvoir ?
Pour Moussa Tine, la réponse passe moins par la suppression que par la règle : définir, encadrer, contrôler et surtout institutionnaliser. Parce qu’au-delà des hommes et des alternances, c’est la solidité des mécanismes de gouvernance qui doit rester.





