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GAMOU : CHEIKH AHMED TIDIANE SY AL AMINE PLAIDE POUR TRANSFORMER L’AFFLUENCE RELIGIEUSE EN LEVIER DE DÉVELOPPEMENT LOCAL

a-la-une
23 août 2026
a-la-une

Au-delà de l’impact économique immédiat du Gamou, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine appelle à mieux organiser les ressources générées par les grands rassemblements religieux. Pour lui, l’enjeu est désormais de transformer cette dynamique en emplois, en activités pérennes et en projets structurants au bénéfice des populations des foyers religieux.

Le Gamou ne doit pas seulement être mesuré à l’aune des dépenses effectuées pendant quelques jours. C’est, selon Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine, toute une économie locale qu’il faut désormais regarder et surtout structurer.

Membre du comité scientifique du Mawlid, l’agroéconomiste estime que l’enjeu principal dépasse l’évaluation ponctuelle des retombées financières de l’événement. « Au-delà du Gamou, c’est d’abord l’organisation des communautés pour la création de valeurs qui est pour moi le plus important », souligne-t-il.

Son idée : faire des grands rendez-vous religieux des points de départ pour des projets capables de produire des effets sur plusieurs années. Car l’afflux massif de pèlerins entraîne une hausse de la consommation, stimule les services et crée des besoins nouveaux en matière de transport, d’hébergement, de restauration, de commerce ou encore d’assainissement.

De la collecte à l’investissement

Pour illustrer le potentiel de cette mobilisation collective, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine rappelle l’expérience des communautés religieuses sénégalaises. À travers les dahiras et les associations islamiques, celles-ci ont depuis longtemps développé des mécanismes de collecte auprès des populations locales et de la diaspora pour financer des infrastructures.

La construction de la mosquée de Tivaouane constitue, à ses yeux, un exemple particulièrement révélateur. Il évoque une mobilisation de près de 22 milliards de francs CFA en trois ans, preuve, selon lui, de la capacité des communautés à réunir des ressources importantes autour d’objectifs communs.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’argent circule pendant le Gamou. Elle consiste surtout à déterminer ce que cette manne peut produire durablement pour les territoires. « Une chose est d’évaluer l’impact économique des événements religieux, mais une autre est de savoir est-ce que cet impact bénéficie aux communautés ou pas », fait-il remarquer.

L’emploi local comme priorité

À Tivaouane comme dans les autres grands foyers religieux, l’augmentation de la population et l’extension urbaine créent progressivement de nouveaux besoins. Hébergement, restauration, services, commerce, transport : autant d’activités qui peuvent devenir des opportunités économiques pour les jeunes des localités concernées. Mais encore faut-il qu’ils soient préparés à les saisir.

C’est sur ce point que l’ancien président-serviteur du CUDIS insiste. Il rappelle avoir lancé, dans le cadre de cette organisation, un programme destiné à développer les compétences professionnelles des jeunes dans les foyers religieux.

Le dispositif repose sur trois étapes : formation, incubation puis financement. Des jeunes ont déjà été formés à Kaolack, Médina Baye, Léona Niassène, Touba, Tivaouane et Thiès, indique-t-il. L’objectif est clair : éviter que l’activité économique générée par les grands rassemblements profite essentiellement à des opérateurs venus d’ailleurs. « Il ne faut pas que la manne que nous développons pendant ces périodes-là échappe aux jeunes qui sont dans ces localités », insiste-t-il.

Faire de l’économie religieuse un outil territorial

Cette approche pose finalement la question de la transformation des foyers religieux en véritables pôles économiques. Les investissements dans l’hébergement, les infrastructures, les services aux pèlerins ou encore les activités commerciales peuvent répondre aux besoins immédiats des événements tout en constituant des actifs utiles aux territoires tout au long de l’année.

Pour Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Sy Al Amine, c’est précisément cette dimension qu’il faut désormais approfondir. L’objectif n’est pas de substituer l’économie à la dimension spirituelle du Gamou, mais de faire en sorte que la forte mobilisation humaine et financière qu’il entraîne puisse également contribuer au développement des communautés.

Dans cette perspective, les collectivités territoriales, l’État, les associations islamiques, les dahiras et les acteurs privés ont chacun un rôle à jouer. Le défi est donc de passer d’une économie de l’événement à une économie du territoire : faire de quelques jours de forte activité un moteur capable de générer, dans la durée, des emplois, des entreprises et des services au bénéfice des populations locales.

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