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INDUSTRIE SÉNÉGALAISE : ALLA SÈNE GUÈYE PLAIDE POUR UNE REFONDATION DE LA POLITIQUE INDUSTRIELLE

a-la-une
15 mars 2026
a-la-une

Pour Alla Sène Guèye, l’industrie sénégalaise a connu un recul significatif au cours des dernières décennies. S’exprimant dimanche dans l’émission Point de vue sur la RTS, le président de la Fédération nationale des industries du Sénégal (FNIS) a évoqué un constat d’échec des politiques industrielles menées depuis plus de vingt ans.

« J’ai intégré l’industrie sénégalaise en 1999. Aujourd’hui, nous sommes en 2026. Cela fait plus d’un quart de siècle que j’observe son évolution », a-t-il déclaré, rappelant qu’à une certaine époque le pays disposait d’un tissu industriel diversifié qui contribuait à l’autonomie stratégique du Sénégal dans plusieurs domaines.

Selon lui, plusieurs industries structurantes ont progressivement quitté le pays. Dans le secteur pharmaceutique, il rappelle la présence passée de grandes multinationales. « Nous avions des groupes comme Pfizer, Sanofi ou encore Rhône-Poulenc. Aujourd’hui, ces industries se sont installées ailleurs », a-t-il indiqué, citant notamment le Maroc et la Côte d’Ivoire.

Le secteur du textile et de l’habillement, autrefois dynamique, a lui aussi décliné. À l’en croire, le Sénégal disposait d’une chaîne de valeur complète, depuis la production de coton avec la SODEFITEX jusqu’à la confection industrielle. Certaines entreprises locales produisaient même des uniformes destinés à l’armée américaine. D’autres industries liées aux équipements et au matériel roulant ont également disparu, alors que le pays disposait auparavant d’unités capables de fabriquer ou d’assembler différents types de produits.

Pour Alla Sène Guèye, ce recul industriel a progressivement renforcé la dépendance du Sénégal aux importations. « Avec la disparition du tissu industriel, nous avons commencé à importer davantage et à produire moins localement », a-t-il expliqué, estimant que cette évolution a également pesé sur la compétitivité de certaines filières historiques comme l’arachide.

Le président de la FNIS attribue en grande partie cette situation à l’absence d’un cadre stratégique durable permettant de structurer la politique industrielle du pays. Il rappelle qu’après la dévaluation du franc CFA, un projet de Conseil supérieur de l’industrie avait été envisagé afin d’organiser un dialogue permanent entre l’État et les industriels. Cette instance devait comporter un niveau stratégique et un niveau opérationnel. Mais selon lui, ce dispositif n’a jamais été réellement mis en œuvre. « L’industrie n’est pas une affaire conjoncturelle. C’est une trajectoire qui se construit sur dix, quinze ou vingt ans », a-t-il insisté, regrettant qu’aucun conseil interministériel consacré à l’industrie ne se soit tenu depuis la fin des années 1990.

À ses yeux, l’exemple du Maroc illustre l’importance d’une gouvernance industrielle structurée. Le royaume a réussi à développer plusieurs secteurs industriels compétitifs, notamment dans l’automobile, le textile ou encore les produits pharmaceutiques, grâce à des stratégies sectorielles suivies et à une coordination étroite entre les différents départements ministériels.

Pour relancer l’industrie sénégalaise, Alla Sène Guèye plaide ainsi pour la mise en place d’un cadre institutionnel permanent de concertation entre l’État, les industriels et les commerçants. Un tel dispositif permettrait, selon lui, d’aborder de manière régulière les questions liées à la productivité et à la compétitivité, notamment en ce qui concerne la formation de la main-d’œuvre, les chaînes logistiques, le financement des investissements et les politiques d’exportation.

La question du financement constitue d’ailleurs, selon lui, l’un des principaux obstacles au développement industriel. « On ne peut pas construire une industrie avec des taux d’intérêt de 12 % à rembourser sur cinq ans », a-t-il affirmé, estimant que l’État doit faciliter l’accès à des financements de long terme pour l’industrie manufacturière.

Le président de la FNIS estime que la politique industrielle ne doit pas se limiter à l’élaboration de stratégies. « L’État peut formuler des politiques, mais ce sont les entreprises qui les mettent en œuvre sur le terrain », a-t-il rappelé. Pour lui, la relance de l’industrie sénégalaise passe par la construction d’un véritable pont entre la décision publique et l’action économique, afin de transformer les orientations stratégiques en résultats concrets.

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