
AGRICULTURE ET INDUSTRIE : ALLA SÈNE GUÈYE DÉFEND UNE APPROCHE MIXTE ENTRE AGRO-INDUSTRIE ET AGRICULTURE FAMILIALE

Les agropoles peuvent constituer un levier important pour la nouvelle trajectoire industrielle du Sénégal, mais leur réussite dépendra de l’évolution du modèle actuel. C’est l’avis exprimé par Alla Sène Guèye, président de la Fédération nationale des industries du Sénégal (FNIS), lors de son passage dans l’émission Point de vue sur la RTS.
Selon lui, le principe des agropoles, qui consiste à structurer des pôles territoriaux autour des potentialités agricoles et industrielles locales, repose sur une idée pertinente. Il rappelle d’ailleurs que cette approche a été évoquée lors de la présentation du livre blanc sur la nouvelle politique industrielle du Sénégal. « Le Premier ministre a reconnu que les agropoles sont une bonne idée, mais il a aussi souligné qu’il y a des limites », a-t-il indiqué.
Pour Alla Sène Guèye, la principale faiblesse du modèle réside dans le fait que les agropoles ont été conçues principalement comme des zones de transformation. Or, insiste-t-il, une industrie de transformation ne peut fonctionner sans une production agricole structurée en amont. « Pour transformer, il faut d’abord avoir les produits », a-t-il souligné, rappelant que l’agropole, dans sa conception initiale, renvoie à l’idée d’une véritable « ville agricole ».
Dans cette perspective, il estime que la politique actuelle doit être renforcée par la planification de zones de production agricoles capables d’alimenter les unités industrielles. Selon lui, l’organisation des filières agricoles constitue un préalable indispensable pour assurer l’efficacité des infrastructures de transformation. Il cite notamment l’exemple de la filière anacarde, qui pourrait servir de modèle. L’enjeu consiste à structurer la production afin d’assurer un approvisionnement régulier des unités industrielles.
Au-delà de la production, Alla Sène Guèye plaide également pour une meilleure articulation entre agriculture familiale et agro-industrie. À ses yeux, le développement agricole ne peut pas reposer uniquement sur de grands investisseurs agro-industriels. « Si vous basez le modèle uniquement sur les agro-industriels, vous allez créer des résistances », a-t-il averti, évoquant notamment les tensions foncières qui peuvent émerger dans les zones rurales. Il estime qu’une approche équilibrée doit privilégier une mixité entre agriculture familiale modernisée et agro-industrie, permettant à la fois d’assurer la production et d’encourager l’investissement.
Selon lui, l’agriculture familiale peut parfaitement être productive si elle est modernisée grâce à des techniques d’irrigation adaptées et à des méthodes culturales efficaces. Il propose ainsi de développer de véritables pôles ruraux, avec des logements adaptés pour les agriculteurs et des superficies agricoles aménagées pouvant atteindre plusieurs milliers de mètres carrés. Mais pour le président de la FNIS, la réussite des agropoles dépendra également de la création d’un véritable écosystème industriel autour de la production agricole.
Il estime que ces pôles ne doivent pas se limiter aux unités de transformation, mais intégrer également l’ensemble des équipements et services nécessaires au développement de la filière. Cela inclut notamment les équipements agricoles, les systèmes d’irrigation, les unités de production d’engrais ou encore les industries d’emballage. « C’est tout cet écosystème qui doit constituer la ville agricole », a-t-il insisté.
Alla Sène Guèye estime par ailleurs que le financement des infrastructures doit être repensé afin d’optimiser l’utilisation des ressources publiques. Il suggère que la construction des bâtiments industriels soit confiée au secteur privé dans le cadre de partenariats public-privé, tandis que l’État devrait concentrer ses ressources sur l’innovation et le soutien aux exportations.
« L’argent public doit servir à soutenir l’innovation et les exportations plutôt qu’à financer des bâtiments que le privé peut construire », a-t-il expliqué. Le président de la FNIS se montre toutefois confiant quant aux capacités du secteur privé sénégalais à relever le défi de l’agro-industrialisation. Selon lui, l’agro-industrie constitue aujourd’hui l’un des piliers les plus solides de l’économie nationale. Il rappelle que de nombreuses initiatives industrielles dans ce domaine ont été portées par des entrepreneurs sénégalais, parfois depuis plusieurs décennies.
Toutefois, il souligne que ces industries restent dépendantes de la disponibilité des matières premières agricoles. Il cite notamment l’exemple de l’arachide, dont l’insuffisance de production a conduit à l’arrêt de certaines unités de transformation. Pour lui, l’amélioration de la productivité agricole constitue donc un enjeu central. Il note que les rendements restent encore très faibles dans certaines cultures, alors que d’autres pays atteignent des niveaux de production nettement supérieurs.
Alla Sène Guèye insiste sur la nécessité de renforcer les infrastructures énergétiques et logistiques afin de soutenir l’industrialisation agricole. Il estime notamment que l’utilisation du gaz naturel pourrait réduire de manière significative les coûts énergétiques des industries agroalimentaires. De même, il souligne l’importance du développement du transport ferroviaire et des voies navigables pour faciliter la circulation des produits agricoles et industriels. Pour lui, la réussite des agropoles dépendra ainsi de la capacité du Sénégal à mettre en place un système intégré associant production agricole, transformation industrielle, infrastructures logistiques et énergie compétitive.





