
LA « LOI MANSOUR NDIAYE » : LE COMBAT PARLEMENTAIRE DERRIÈRE LE LENDEMAIN FÉRIÉ DE LA TAMKHARITE

Le lendemain de la Tamkharite est aujourd’hui un jour férié, chômé et payé au Sénégal. Une disposition entrée dans les habitudes, mais dont l’origine reste méconnue de nombreux Sénégalais. Dans son ouvrage Le prince qui croyait la démocratie, Mansour Bouna Ndiaye revient sur le combat parlementaire qui a conduit à l’adoption de cette mesure, désormais connue sous le nom de « loi Mansour Ndiaye ».

Né le 10 mai 1933 à Louga et décédé le 28 juillet 2008 à Paris, Mansour Bouna Ndiaye fut une figure politique de premier plan. Ancien maire de Louga et député à l’Assemblée nationale, il était également le fils de Bouna Alboury Ndiaye, dernier Bourba Djoloff. Dans ses mémoires, il présente cette réforme comme l’un des actes les plus marquants de son parcours politique.
L’ancien député explique qu’avant cette initiative, ni durant la période coloniale ni après l’indépendance, la Tamkharite ne figurait parmi les fêtes légales, contrairement au Nouvel An grégorien. Convaincu qu’il fallait réparer cette situation, il entreprend, selon son récit, de faire reconnaître le lendemain de cette fête comme jour férié.
Il rappelle qu’une première démarche est engagée en 1978, avec le soutien de plusieurs parlementaires et de khalifes généraux. Mais, dans le contexte politique de l’époque, les initiatives législatives venant des députés étaient rares, le Parlement se limitant le plus souvent à examiner les projets de loi présentés par le gouvernement.
Dans son livre, Mansour Bouna Ndiaye affirme également avoir dû faire face à des résistances politiques. Il soutient que le président Léopold Sédar Senghor s’était opposé à l’inscription de la Tamkharite parmi les fêtes religieuses légales, malgré les demandes formulées en ce sens.
Le tournant intervient, selon lui, le 27 janvier 1983. Profitant de l’examen d’un texte relatif à la fête de la Sénégambie, il introduit un amendement visant à faire du lendemain de la Tamkharite un jour férié, chômé et payé. Après des débats nourris, il raconte avoir obtenu l’adoption de cette proposition grâce aux voix de 17 députés, sans qu’aucun élu ne vote contre ni ne s’abstienne.
L’ancien parlementaire évoque également un épisode survenu quelques heures après le vote. La Radio Sénégal annonce alors l’adoption de la fête de la Sénégambie sans mentionner la Tamkharite. Mansour Bouna Ndiaye affirme avoir aussitôt adressé un courrier au président Abdou Diouf pour dénoncer cette omission et menacer de quitter l’Assemblée nationale. Le journal télévisé de 20 heures annoncera finalement l’adoption de la nouvelle loi.
Dans ses mémoires, il indique que cette décision a reçu les félicitations de plusieurs personnalités religieuses sénégalaises, notamment Serigne Abdou Lahat Mbacké et Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh, ainsi que, selon son témoignage, celles du roi Hassan II du Maroc et du roi Fahd d’Arabie saoudite transmises par le président Abdou Diouf.
Plus de quarante ans après son adoption, la « loi Mansour Ndiaye » demeure une singularité du calendrier national. Elle permet à des millions de fidèles musulmans de célébrer la nuit de la Tamkharite avant de bénéficier, le lendemain, d’un jour de repos. Un héritage législatif que son auteur considérait comme l’aboutissement d’un engagement au service de l’intérêt général et de la reconnaissance d’une tradition profondément ancrée dans la société sénégalaise.





