
OUSTAZ BARHAM DIOP, DISCIPLE FIDÈLE ET RÉFÉRENCE INTEMPORELLE DE LA TIJANIYYA

Il est des êtres dont la vie ressemble à un verset, et dont le souffle traverse les époques. Le professeur Ibrahima Mahmoud Diop, connu de tous sous le nom de Barham, fut de ceux-là. Né en 1932, élevé dès l’enfance dans l’ombre lumineuse de Cheikh al-Islam Ibrahima Niasse, il incarna jusqu’à son rappel à Dieu en 2014 au Maroc, la fidélité absolue au savoir et au service.
Dès l’âge de cinq ans, il rejoignit l’école de Baye Niass, son maître et homonyme. Très tôt, il se distingua par une mémoire prodigieuse et une intelligence vive, au point que Baye disait de lui : « Voici l’un de ceux qui m’ont donné leur enfance entière ». À ses côtés, il fut disciple, secrétaire, compagnon de route et confident. Comme Ibn ‘Abbâs auprès du Prophète (saws), Barham devint pour la Fayda tidjane une référence incontournable, une source intarissable de science et de guidance.
Secrétaire particulier du maître de Kaolack de 1951 à 1975, il l’accompagna dans ses périples en Afrique, en Asie, en Europe, jusqu’en Chine. Baye lui faisait une confiance telle qu’il le déléguait pour parler au nom de la Fayda devant les grands savants. Un jour, dans une lettre d’ordination, il lui écrivit : « Où que tu sois, tu es notre honneur. Reste ainsi… »
Mais Oustaz Barham n’était pas seulement le confident d’un saint ; il fut aussi le professeur des professeurs, un infatigable pédagogue dont la voix résonnait aussi bien dans les villages reculés du Sénégal que devant les souverains. Ses conférences, ses cours inauguraux, ses exégèses demeurent un océan de savoir où s’abreuvent encore des générations entières. Enseigner, pour lui, n’était pas un métier : c’était une vocation, une adoration.
À Rabat, lors des prestigieuses Dourouss Hassaniyya du Ramadan, il fut le seul Sénégalais appelé à donner des cours magistraux devant le roi Hassan II, puis Mohammed VI, et une assemblée d’érudits. Là encore, son éloquence et sa profondeur imposaient le respect. De ses interventions naquirent des institutions comme la Rabita des Oulémas du Maroc et du Sénégal, preuve de son rôle dans le rapprochement spirituel et scientifique entre les nations.
Il parlait l’arabe, le français et l’anglais avec la même aisance, tout en rappelant avec humilité : « Je n’ai fréquenté aucune école. Mon unique université, c’est celle de Baye Niasse ». De Londres à Accra, de Paris à New York, son verbe traversait les frontières, portant haut l’étendard de l’islam et de la Tijaniyya.
Auteur de plusieurs ouvrages, fondateur et dirigeant d’institutions islamiques, président de la Jamhiyatu Ansarud-Dîn, il fut reconnu comme le creuset du savoir. Pourtant, il demeurait d’une modestie désarmante, préférant se définir comme « un simple enseignant », alors que les siens voyaient en lui un pôle de lumière.
Le 24 juin 2014, à Rabat, il s’éteignit discrètement, comme s’éteint une lampe après avoir éclairé toute une génération. Mais son héritage, immense, continue de guider. Ses leçons demeurent, comme il l’avait prédit : « Mes conférences, mes écrits, mes discours, ce sont mes œuvres. »
Ainsi, Barham Diop n’a pas seulement vécu pour apprendre et enseigner : il a vécu pour transmettre la lumière, cette lumière que Baye Niass avait allumée en lui, et qu’il fit rayonner à travers le monde.