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SERIGNE FALLOU FALL, MATRICULE 2222 : FILS DE CHEIKH IBRAHIMA FALL ET TIRAILLEUR SÉNÉGALAIS

a-la-une
10 mai 2026
a-la-une

Il y a des figures que l’histoire officielle mentionne à peine, mais dont la mémoire traverse les générations comme une dette morale. Serigne Mouhamadou Fadilou Fall, plus connu sous le nom de Serigne Fallou Fall, appartient à cette catégorie d’hommes dont le destin mêle spiritualité, courage et tragédie. Héritier d’une grande lignée mouride, enrôlé sous le matricule 2222 pendant la Première Guerre mondiale, il quittera le Sénégal pour ne jamais y revenir.

Né vers 1890 à Saint-Louis, Serigne Fallou Fall grandit dans l’entourage immédiat de Mame Cheikh Ibrahima Fall et de Soxna Fatou Fall Wade. Très tôt, son père comprend que l’époque impose aussi la maîtrise des codes de l’administration coloniale. Le jeune Fallou fréquente ainsi l’école des fils de chefs de Saint-Louis, aux côtés de fils de notables et de familles religieuses influentes. L’objectif est clair : former une génération capable d’assurer l’interface entre les autorités françaises et les guides religieux, notamment Cheikh Ahmadou Bamba.

Mais au-delà de cette formation scolaire, c’est surtout son attachement précoce à Serigne Touba qui marquera sa trajectoire. Encore adolescent, il est envoyé seul au Gabon pour remettre le « hadiya » des disciples à Cheikh Ahmadou Bamba alors en exil. Le récit est resté célèbre dans la tradition familiale : son père le fait embarquer sur un bateau avec une simple étiquette portant l’adresse du guide religieux autour du cou. Une scène presque irréelle qui résume l’époque, mais aussi la confiance absolue placée dans cet enfant.

À Mayomba, Cheikh Ahmadou Bamba est profondément touché par cette preuve de fidélité. Il lui offre des habits, des chaussures et une tasse que la famille conservera longtemps comme des reliques. Ce séjour auprès du fondateur du mouridisme contribue à forger l’aura spirituelle du jeune homme, déjà réputé pour ses dons mystiques. Selon plusieurs témoignages transmis dans la famille, Serigne Fallou Fall affirmait percevoir la condition des âmes dans leurs tombes. Une réputation qui nourrit très tôt le respect et la fascination autour de sa personne.

Puis vient la guerre.

Lorsque la France cherche à mobiliser des soldats africains pour le front européen entre 1914 et 1918, les résistances sont nombreuses au Sénégal. Beaucoup refusent de partir vers une guerre lointaine dont ils ignorent tout. Le député Blaise Diagne est alors chargé de convaincre les grandes familles religieuses d’accompagner l’effort militaire français. 

Selon les récits rapportés au musée des Forces armées et dans plusieurs travaux mémoriels, Cheikh Ahmadou Bamba envisage d’envoyer l’un de ses fils. Mame Cheikh Ibrahima Fall s’y oppose et décide de donner le sien. « Mbacké, c’est moi qui vais envoyer mon fils », lui aurait-il déclaré. 

Serigne Fallou Fall rejoint alors les tirailleurs sénégalais avec plusieurs disciples baye fall. Il est enregistré sous le matricule 2222. La traversée maritime vers l’Europe manque de tourner au drame lorsqu’un incident endommage gravement leur bateau. Mais les survivants atteignent finalement le continent européen. Dans les récits familiaux, Mame Cheikh Ibrahima Fall expliquera plus tard que la protection spirituelle de Cheikh Ahmadou Bamba accompagnait le navire durant tout le voyage.

Après une permission au Sénégal, son père lui adresse une phrase devenue célèbre dans la mémoire familiale : « Fallou, tu n’avais qu’un seul retour, et tu l’as effectué. » Comme une prémonition.

Il repart pourtant au front, cette fois aux côtés de son jeune frère, Serigne Abdoulaye Fall Ndar. Serigne Fallou Fall tombera finalement au combat en Europe. Pendant longtemps, sa sépulture est supposée se trouver à Salonique, en Grèce. Mais des recherches plus récentes menées par des membres de sa famille situent désormais sa tombe à Charfield, en Angleterre. 

Avant son départ définitif, il remet son manteau à son frère Serigne Moustapha Fall, comme une transmission symbolique. Derrière lui, il laisse plusieurs épouses et un fils, Serigne Mbacké Fall, futur fondateur de plusieurs daaras.

Longtemps resté dans l’ombre des grands récits coloniaux, son nom refait progressivement surface grâce au travail de mémoire mené par des associations et descendants. Depuis plusieurs années, des cérémonies d’hommage aux tirailleurs sénégalais sont organisées à Paris par l’Association Serigne Fallou Fall. 

Le destin de Serigne Fallou Fall raconte finalement bien plus qu’un parcours individuel. Il incarne une génération de fils de guides religieux envoyés dans une guerre qui n’était pas la leur, au nom d’un engagement, d’une parole donnée et d’une certaine idée du sacrifice.

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