
BUDGET 2026-2027 : OUSMANE SONKO CONTESTE CERTAINS ARBITRAGES DU GOUVERNEMENT

Le débat budgétaire s’annonce délicat au sein de la majorité parlementaire. Ousmane Sonko réclame une révision de certains arbitrages du gouvernement afin de concilier redressement des finances publiques et préservation du pouvoir d’achat. Parmi les principaux points de friction figure la réduction progressive des subventions aux produits pétroliers, dont les conséquences pourraient se répercuter sur les prix à la pompe et les coûts de production.
Selon les chiffres avancés par le leader de PASTEF, l’enveloppe consacrée aux subventions aux hydrocarbures serait ramenée à 552 milliards de FCFA en 2026, contre 790 milliards initialement attendus, soit une diminution de 237 milliards de FCFA. Pour 2027, elle s’établirait à 479 milliards de FCFA.
Sur cette base, Ousmane Sonko estime que le litre de diesel pourrait passer de 755 à environ 867 FCFA en 2026, puis atteindre 910 FCFA en 2027. Il évoque même un tarif de 976 FCFA dans l’hypothèse d’un plafonnement des subventions à 1 % du produit intérieur brut (PIB).
Pour éviter que l’ajustement budgétaire ne se traduise par une pression accrue sur les ménages et les entreprises, il préconise une action combinée sur les subventions et la fiscalité. Sa proposition prévoit notamment une baisse de la TVA de 18 % à 15 %, ainsi que des ajustements sur certaines taxes spécifiques et les droits de douane. Il juge également insuffisantes les bourses de sécurité familiale pour compenser les effets indirects d’une hausse des prix des hydrocarbures.
DEKKAAL, un levier de recettes à exploiter
Au-delà des subventions, Ousmane Sonko plaide pour une meilleure exploitation du potentiel de recettes du plan de redressement économique et social DEKKAAL, dont il revendique l’initiative lorsqu’il était Premier ministre.
D’après les données qu’il a présentées, ce programme aurait permis de générer plus de 312 milliards de FCFA au cours de l’année. Son rendement pourrait atteindre au moins 700 milliards de FCFA par an si toutes les mesures prévues étaient pleinement mises en œuvre.
Le leader de PASTEF cite notamment la fiscalité sur certains produits, les transferts d’argent, les jeux de hasard, les licences d’opérateurs et la régularisation foncière. Il demande un bilan détaillé des dispositions déjà appliquées, en particulier celles portant sur les transferts d’argent, avant l’adoption de nouvelles mesures fiscales.
L’objectif affiché est de mobiliser davantage de ressources internes sans faire peser l’essentiel de l’effort sur les consommateurs. Cette approche suppose toutefois d’évaluer le rendement réel des mesures existantes et leur incidence sur les activités économiques.
Investissements publics : des coupes contestées
Les arbitrages concernant les dépenses sociales et l’investissement public constituent un autre sujet de désaccord. Ousmane Sonko a relevé des réductions budgétaires touchant notamment l’Éducation nationale, la Famille et la Solidarité ainsi que la Formation professionnelle.
Il s’interroge également sur la cohérence entre les ambitions de relance économique et la baisse de 555 milliards de FCFA qu’il attribue aux dépenses d’investissement dans le projet de loi de finances rectificative.
Sur le plan fiscal, il soutient le principe du marquage fiscal, destiné à améliorer le suivi de certains produits et le recouvrement des impôts. Il souhaite cependant que la liste des produits concernés soit fixée par la loi, afin de permettre à l’Assemblée nationale d’en examiner le périmètre, plutôt que de laisser cette prérogative au seul ministre des Finances par arrêté.
Les fonds spéciaux au cœur du bras de fer
La question des fonds spéciaux pourrait peser directement sur l’issue des débats parlementaires. Ousmane Sonko rappelle que leur encadrement figure parmi les engagements de PASTEF et annonce que le groupe parlementaire du parti défendra des amendements visant à renforcer leur contrôle.
Le leader de la formation majoritaire fait de cette question un enjeu important dans l’examen des textes budgétaires. Le soutien de PASTEF pourrait ainsi dépendre de la prise en compte de ses propositions, alors même que le gouvernement doit faire adopter ses orientations financières pour 2026 et 2027.
FMI : vers une réorganisation des échéances de la dette
Sur le dossier de la dette, Ousmane Sonko a rappelé qu’un accord technique avait été trouvé avec le Fonds monétaire international (FMI), tout en soulignant que celui-ci restait soumis à l’approbation du conseil d’administration de l’institution.
Il plaide pour des solutions permettant de réorganiser les échéances de remboursement tout en préservant les marges de décision économiques du Sénégal. Il appelle également à une réflexion sur le rôle des institutions monétaires régionales, notamment la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Un vote sous condition
Malgré ces divergences, Ousmane Sonko affirme que PASTEF reste ouvert au dialogue avec le gouvernement. Le parti entend examiner les textes et proposer des amendements, sans exclure un vote défavorable si ses principales exigences ne sont pas satisfaites.
Les discussions à l’Assemblée nationale seront donc déterminantes pour départager les orientations défendues par les différentes parties. Au-delà de l’adoption de la LFR et du budget 2027, l’enjeu porte sur les choix de politique économique du Sénégal : réduction des dépenses publiques, mobilisation des recettes fiscales, maintien de l’investissement et protection du pouvoir d’achat.





