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630 MILLIARDS FCFA DE RETOMBÉES, 100 000 EMPLOIS POTENTIELS : LE GRAND MAGAL RÉVÈLE TOUTE SA PUISSANCE ÉCONOMIQUE

a-la-une
29 juil. 2026
a-la-une

Le Grand Magal de Touba confirme son statut de rendez-vous religieux majeur, mais également de véritable locomotive économique pour le Sénégal. Selon une étude conjointe menée par l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba (UCAK) et l’Université Alioune Diop de Bambey (UAD), les retombées économiques de l’édition 2025 sont évaluées à 629,62 milliards de francs CFA, soit près de 630 milliards FCFA.

Présentés mardi en présence du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, du ministre des Télécommunications et du Numérique ainsi que du porte-parole du Khalife général des Mourides, Serigne Bass Abdou Khadre, les résultats de cette recherche mettent en évidence la place grandissante du Magal dans l’économie nationale.

Le coordonnateur de l’étude, Souleymane Astou Diagne, a souligné que cette estimation représente une progression spectaculaire par rapport à la précédente évaluation réalisée en 2017, qui chiffrait les retombées du Magal à 250 milliards de francs CFA. En huit ans, l’impact économique de l’événement a ainsi été multiplié par 2,5.

Une économie portée par plus de cinq millions de pèlerins

L’étude révèle que les 5,1 millions de pèlerins accueillis à Touba en 2025 ont fortement stimulé plusieurs secteurs d’activité, notamment le commerce, le transport, l’élevage, l’agriculture, l’agroalimentaire, les services financiers, le numérique et les services publics.

Dans le détail, l’impact économique global se répartit entre 375,31 milliards FCFA d’effets directs102,90 milliards d’effets indirects et 151,41 milliards d’effets induits.

Les dépenses alimentaires des ménages représentent à elles seules 225,52 milliards de francs CFA, tandis que la filière élevage a généré près de 33 milliards FCFA. L’étude montre également que 90,79 % des commerçants interrogés ont enregistré une hausse de leur chiffre d’affaires durant la période du Magal.

L’organisation de l’événement mobilise aussi d’importants moyens publics avec 15 074 agents de l’État déployés, alors que les tarifs du transport connaissent généralement un doublement en raison de l’affluence.

Transformer un pic de consommation en moteur industriel

Au-delà du constat, les chercheurs estiment que le Grand Magal peut devenir un véritable levier d’industrialisation pour Touba. Ils recommandent de développer une production locale capable de satisfaire la forte demande générée par le pèlerinage, afin de réduire les importations et de créer davantage de valeur ajoutée sur place.

Selon leurs projections, la mise en œuvre des investissements préconisés dans les secteurs de l’industrie, du cuir, de l’agroalimentaire, du numérique et de la formation pourrait permettre la création d’environ 100 000 emplois au cours des trois prochaines années.

L’étude met notamment en avant le potentiel de la filière cuir. La transformation locale des peaux issues des plus de 100 000 ruminants sacrifiés pendant le Magal pourrait favoriser le développement d’industries de tannerie et de maroquinerie génératrices d’emplois.

Les chercheurs identifient également d’importantes opportunités dans l’agrobusiness. Une production locale de fruits et légumes destinée à remplacer une partie des importations dans la zone de Touba et ses environs pourrait créer entre 8 000 et 8 500 emplois sur la même période.

Des défis à relever pour pérenniser les retombées

Malgré ces performances, le rapport souligne plusieurs contraintes susceptibles de freiner cette dynamique économique. Les auteurs pointent notamment le poids du secteur informel, la faiblesse des dispositifs comptables ainsi que la forte pression exercée sur les réseaux d’eau, d’électricité, les infrastructures sanitaires et les systèmes d’assainissement durant le pèlerinage.

Pour les chercheurs, l’enjeu consiste désormais à convertir cette importante dépense saisonnière en investissements productifs, en entreprises structurées et en emplois durables.

Fruit d’une collaboration inédite entre deux universités de la région de Diourbel, cette étude a mobilisé une vingtaine de chercheurs issus de disciplines variées, notamment l’économie, l’économétrie, la sociologie, la médecine et la chimie. Une approche multidisciplinaire qui, selon Souleymane Astou Diagne, démontre la capacité de l’enseignement supérieur sénégalais à produire des travaux scientifiques répondant aux standards internationaux.

Les auteurs appellent enfin les pouvoirs publics, la mairie de Touba, le secteur privé, les autorités religieuses et les communautés à conjuguer leurs efforts afin de faire de la cité religieuse un véritable pôle industriel d’envergure nationale et sous-régionale, au-delà de son rôle spirituel.

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