
À TOUBAB DIALAW, L’ASES MOBILISE JOURNALISTES ET LEADERS RELIGIEUX AUTOUR DES ENJEUX DU SPATIAL ET DE L’ASTRONOMIE

L’Agence sénégalaise d’études spatiales (ASES) a organisé à Toubab Dialaw un atelier de renforcement des capacités consacré à la maîtrise des enjeux de l’étude spatiale et à la compréhension des phénomènes astronomiques. À travers cette initiative, l’agence entend contribuer à l’émergence d’une culture scientifique partagée, en rapprochant les professionnels des médias, les astronomes et les responsables religieux. Une démarche qui ambitionne de faire de la connaissance du ciel et de l’espace un levier de développement, de dialogue et de souveraineté scientifique.
L’espace constitue un enjeu stratégique pour le Sénégal, notamment dans les domaines de l’agriculture, des télécommunications, de la météorologie et de la gestion des ressources naturelles. Cette évolution renforce la nécessité de vulgariser les sciences spatiales afin de les rendre accessibles au grand public.
C’est dans cette perspective que l’Agence sénégalaise d’études spatiales (ASES) a initié, à Toubab Dialaw, un atelier de renforcement des capacités placé sous le signe de la maîtrise des enjeux de l’étude spatiale. L’initiative repose sur une conviction fondamentale : le développement d’une ambition spatiale nationale ne saurait se limiter aux avancées technologiques et aux compétences scientifiques. Il suppose également la formation d’intermédiaires capables de traduire les connaissances spécialisées en informations compréhensibles, rigoureuses et utiles à la collectivité.

Les journalistes, acteurs essentiels de la vulgarisation scientifique
Le premier volet de cette rencontre est consacré aux professionnels des médias, dont le rôle est déterminant dans la diffusion des connaissances relatives au spatial. Face à la complexité des phénomènes astronomiques et des applications des technologies spatiales, les journalistes sont appelés à développer les compétences nécessaires pour traiter ces questions avec précision, pédagogie et esprit critique.
L’objectif est notamment de renforcer leur compréhension des applications du spatial dans les secteurs stratégiques du développement national, tout en leur fournissant les notions fondamentales d’astronomie et de sciences spatiales indispensables à une couverture médiatique de qualité.
Au-delà de la formation, l’ASES entend jeter les bases d’un Réseau sénégalais de journalistes du spatial, qui réunira, dans un premier temps, 25 professionnels. Ce dispositif vise à structurer une communauté de journalistes spécialisés, à faciliter les échanges avec les experts scientifiques et à favoriser le partage permanent d’informations et de ressources documentaires.

Pour l’agence, il s’agit de contribuer à l’émergence d’un journalisme scientifique capable d’éclairer le débat public sur les enjeux spatiaux, sans céder au sensationnalisme ni sacrifier la rigueur de l’information. L’accompagnement scientifique envisagé devra néanmoins s’inscrire dans le respect de l’indépendance éditoriale des médias.
Cette démarche revêt une importance particulière dans un contexte où la maîtrise de l’information scientifique constitue un facteur essentiel de compréhension des politiques publiques, d’appropriation des innovations et de renforcement de la souveraineté technologique.
Astronomie et religions : rapprocher les savoirs scientifiques et les pratiques sociales
Le second volet de l’atelier s’adresse à 25 imams et responsables religieux. Il porte sur l’astronomie et ses applications dans la vie religieuse, notamment l’observation du croissant lunaire, qui intervient dans la détermination de plusieurs dates du calendrier musulman.
Au Sénégal, la question de la détermination du début des mois lunaires, en particulier pour les célébrations religieuses, constitue un sujet d’intérêt pour les communautés musulmanes. La mise à disposition de connaissances astronomiques accessibles et fiables peut contribuer à une meilleure compréhension des phénomènes célestes et des conditions nécessaires à leur observation.
Les participants sont ainsi initiés aux notions fondamentales relatives au système Terre-Lune-Soleil, aux phases lunaires, aux éclipses et à l’évolution des étoiles. Des séances pratiques, notamment à travers l’utilisation du télescope, leur permettent également de se familiariser avec les instruments d’observation et les paramètres qui conditionnent la visibilité des astres.
L’ambition de l’ASES est de dépasser le cadre d’une simple session de formation pour instaurer un dialogue durable entre les spécialistes de l’astronomie et les responsables religieux. Il s’agit de favoriser une meilleure compréhension des phénomènes célestes, tout en tenant compte de la place qu’occupe l’observation du ciel dans les pratiques et les traditions religieuses.
Intervenant en ligne, le délégué général aux Affaires religieuses, Djim Dramé, a salué cette initiative, qu’il considère comme une action de renforcement des capacités. « La science libère ! », a-t-il déclaré, soulignant ainsi la portée de la connaissance scientifique dans les dynamiques de compréhension et d’émancipation.
Cette approche repose également sur le rôle de proximité des responsables religieux. Chaque participant est appelé à devenir un relais au sein de sa communauté, afin de contribuer à la diffusion des connaissances acquises et d’encourager des échanges mieux informés sur les questions astronomiques.
Vers une meilleure compréhension du croissant lunaire
La question du croissant lunaire occupe une place particulière dans cette initiative. Au-delà de sa dimension astronomique, elle renvoie à des préoccupations sociales et religieuses concrètes, notamment la détermination des dates des fêtes musulmanes.
Le séminaire entend ainsi contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes scientifiques qui gouvernent les cycles lunaires et des conditions d’observation du croissant. L’enjeu est de mettre l’expertise astronomique à la disposition des responsables religieux afin d’éclairer les échanges et de favoriser la recherche de repères partagés.
Dans cette perspective, l’objectif de parvenir à une date commune pour les célébrations religieuses au Sénégal constitue une préoccupation importante. Une telle ambition nécessite toutefois un dialogue approfondi entre les différentes sensibilités religieuses, une compréhension commune des données scientifiques et une prise en compte des méthodes retenues pour déterminer le début des mois lunaires.
L’apport de la science ne consiste donc pas à se substituer aux autorités religieuses dans leurs responsabilités, mais à leur fournir des éléments de compréhension fiables pour alimenter la réflexion collective et éclairer les décisions.

Maram Kaïré mise sur des mécanismes durables
Pour le directeur général de l’Agence sénégalaise d’études spatiales, Maram Kaïré, cette rencontre doit constituer le point de départ de deux mécanismes pérennes : un réseau de journalistes spécialisés dans le spatial et un cadre de dialogue entre l’astronomie, la société et les religions.
Cette orientation traduit la volonté de l’ASES d’inscrire son action dans la durée. Au-delà de la transmission de connaissances, l’agence souhaite favoriser la constitution de communautés d’acteurs capables de poursuivre les échanges, de mutualiser les compétences et de contribuer à la diffusion d’une culture scientifique au Sénégal.
La méthodologie adoptée privilégie, à cet égard, une approche associant théorie et pratique. Les exposés scientifiques alternent avec des exercices d’initiation aux instruments, des études de cas et des séances d’observation du ciel au télescope. Une séquence spécifique est consacrée aux enjeux de la couverture médiatique du spatial, tandis qu’une session commune permet aux journalistes et aux responsables religieux de confronter leurs expériences et de dégager des pistes de collaboration.
Cette rencontre doit également déboucher sur des recommandations finales et sur la préparation d’un programme de perfectionnement susceptible d’être reconduit chaque année.





