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INTEMPÉRIES ET INONDATIONS : MOUHAMADOU MAKHTAR CISSÉ JUSTIFIE LE NON-DÉCLENCHEMENT DU PLAN ORSEC

a-la-une
22 oct. 2026
a-la-une

La non-activation du plan ORSEC après les récentes inondations survenues au Sénégal a suscité des interrogations sur les critères ayant guidé la réponse des autorités. Interpellé sur cette question au cours de l’émission « Sans Filtre » de la RTS, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a expliqué les raisons pour lesquelles il n’avait pas jugé nécessaire de proposer au président de la République le déclenchement de ce mécanisme de gestion des catastrophes.

D’entrée de jeu, le ministre a exprimé sa compassion aux victimes et aux familles touchées par les inondations, notamment celles ayant perdu des proches. Présentant ses condoléances au nom des autorités et de l’ensemble du peuple sénégalais, il a assuré que l’État continuerait d’accompagner les sinistrés.

À l’appui de cet engagement, il a rappelé le déplacement du Premier ministre sur le terrain ainsi que la mobilisation de la ministre chargée de la Famille pour apporter une assistance aux populations affectées.

Des pluies exceptionnelles qui ont mis les ouvrages d’assainissement à l’épreuve

Pour expliquer les difficultés rencontrées, Mouhamadou Makhtar Cissé a distingué la prévisibilité des pluies saisonnières de la difficulté à anticiper leur intensité exacte. Selon lui, les services météorologiques avaient prévu des précipitations pour la période concernée, mais les quantités d’eau enregistrées à Dakar ont dépassé les niveaux auxquels les autorités s’attendaient.

Le ministre a notamment fait état d’un épisode pluvieux particulièrement important, que des spécialistes auraient classé parmi les trois plus grands volumes de précipitations enregistrés dans la capitale au cours du siècle.

Une telle quantité d’eau, a-t-il expliqué, peut rapidement saturer les ouvrages d’assainissement et provoquer des inondations, même lorsque des dispositifs de drainage sont en place.

« On savait qu’il allait pleuvoir, mais on ne savait pas autant », a-t-il résumé, soulignant ainsi la difficulté de prévoir avec précision l’ampleur des phénomènes météorologiques.

Dans ce contexte, il a estimé que la priorité opérationnelle consistait à évacuer les eaux accumulées, notamment grâce aux équipements de pompage mobilisés par les services compétents.

Le ministre a également évoqué la situation de certaines zones habitées malgré leur caractère non constructible. Reconnaissant que des constructions n’auraient pas dû y être autorisées, il a néanmoins insisté sur la nécessité pour l’État d’assumer ses responsabilités envers les populations qui y vivent.

Pourquoi le plan ORSEC n’a-t-il pas été déclenché ?

Au cœur des explications du ministre figure le choix de ne pas activer le plan ORSEC, mécanisme destiné à organiser et à coordonner les secours lors de situations exceptionnelles.

Mouhamadou Makhtar Cissé a affirmé avoir pris cette orientation après appréciation de la situation avec les services techniques et les experts concernés. Selon lui, les prévisions météorologiques disponibles laissaient entrevoir une fin des pluies autour du 14 octobre, tandis que les moyens de pompage déjà déployés semblaient en mesure de traiter les difficultés constatées, à condition que les précipitations cessent.

Le ministre a notamment cité l’intervention de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers, à laquelle s’ajoutaient les moyens de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS) et des autres services compétents en matière d’assainissement.

À ses yeux, l’activation du plan ORSEC n’aurait pas nécessairement amélioré la réponse apportée sur le terrain. Elle aurait, au contraire, pu entraîner la mise en place d’un échelon supplémentaire de commandement, avec les contraintes organisationnelles que cela suppose.

« On cherche l’efficacité, en fait. On aurait déclenché ORSEC si on pensait que c’était efficace », a-t-il déclaré.

Le ministre a ainsi défendu une décision fondée sur l’appréciation des besoins opérationnels plutôt que sur l’activation systématique d’un dispositif exceptionnel.

La coordination interministérielle privilégiée

Pour justifier cette approche, Mouhamadou Makhtar Cissé a également mis en avant la répartition des responsabilités entre les structures publiques intervenant dans la gestion des inondations.

Il a rappelé que le comité national chargé de cette problématique est présidé par le ministre de l’Environnement, présenté comme étant en première ligne dans la conduite des opérations. Dans ces conditions, le déclenchement du plan ORSEC aurait transféré la supervision générale au ministère de l’Intérieur, modifiant ainsi la chaîne de commandement déjà en place.

Le ministre a expliqué que les autorités avaient estimé préférable de maintenir le dispositif existant, qu’il jugeait fonctionnel, plutôt que d’introduire un niveau supplémentaire de coordination.

Il a, dans ce cadre, salué l’engagement de son collègue chargé de l’Environnement, qu’il a félicité pour sa présence sur le terrain et son implication dans la gestion de la crise.

Mouhamadou Makhtar Cissé a également fait état d’une coordination permanente entre leurs services durant les fortes pluies. Il a notamment évoqué des échanges prolongés jusque tard dans la nuit, alors que le ministre de l’Environnement se trouvait sur le terrain et que lui-même suivait la situation depuis son poste de commandement.

Des drones ont par ailleurs été mobilisés pour surveiller les zones touchées, recueillir des images et contribuer à l’évaluation des besoins d’intervention.

Le lendemain, une visite sur le terrain aurait permis aux autorités de constater le fonctionnement du dispositif de pompage. Selon le ministre, ces observations ont conforté l’appréciation selon laquelle, en l’absence de nouvelles précipitations, les équipements déployés pourraient permettre de résorber les difficultés.

Des interventions ciblées pour les situations les plus urgentes

Si le plan ORSEC n’a pas été activé, le ministre a tenu à préciser que cette décision ne signifiait nullement l’absence d’intervention de l’État.

Des moyens ont été déployés pour évacuer les eaux et porter assistance aux populations, notamment dans les zones où les infrastructures de pompage ne permettaient pas encore de résoudre toutes les difficultés.

Mouhamadou Makhtar Cissé a notamment évoqué l’envoi ponctuel de camions pour venir en aide à des familles installées dans des points bas, où l’eau demeurait difficile à évacuer.

Il a toutefois souligné les limites de certaines solutions logistiques face à des volumes d’eau considérables. Selon lui, lorsque des pompes capables d’évacuer plusieurs centaines de mètres cubes d’eau par heure ne suffisent pas à résoudre une situation, le recours à des camions disposant de capacités de transport nettement inférieures ne constitue pas nécessairement la réponse la plus adaptée à l’ensemble du problème.

Ces moyens peuvent néanmoins se révéler utiles dans des situations localisées, notamment lorsqu’il s’agit de protéger les habitations et les biens de familles particulièrement exposées.

Le ministre a ainsi défendu une approche différenciée, fondée sur la nature des difficultés rencontrées et les moyens les plus susceptibles d’y répondre efficacement.

L’efficacité de la décision publique au centre des arbitrages

Au-delà de la gestion immédiate des inondations, Mouhamadou Makhtar Cissé a développé une réflexion sur les exigences de la décision publique en situation d’urgence.

Reconnaissant la complexité des arbitrages auxquels les responsables sont confrontés, il a insisté sur la nécessité d’écouter les techniciens et les experts avant de trancher, tout en conservant la capacité d’agir rapidement.

« La décision publique est difficile. Il faut avoir beaucoup de capacité d’écoute. Agir rapidement, mais écouter avant de prendre la bonne décision », a-t-il expliqué.

Le ministre a également défendu la possibilité de ne pas activer immédiatement un dispositif supplémentaire lorsque l’analyse de la situation ne le justifie pas. Selon lui, une décision pertinente ne consiste pas systématiquement à multiplier les structures de commandement, mais à retenir l’organisation la plus adaptée aux besoins du moment.

Cette logique d’efficacité doit, à ses yeux, s’accompagner d’une recherche d’efficience, afin que les moyens publics soient mobilisés de manière proportionnée et au bénéfice des populations.

Le rapport de la Cour des comptes en toile de fond

Dans son intervention, le ministre a également fait référence à un rapport de la Cour des comptes consacré à la gestion des plans ORSEC, qu’il a présenté comme un document susceptible d’alimenter la réflexion sur l’amélioration des mécanismes de réponse aux catastrophes.

Il a reconnu que la mise en œuvre de ces dispositifs n’avait pas toujours donné satisfaction par le passé, soulignant la nécessité d’examiner les enseignements du rapport et d’apporter les corrections qui s’imposent.

Sans détailler les recommandations du document, Mouhamadou Makhtar Cissé a insisté sur l’importance d’évaluer les mécanismes existants afin d’améliorer la qualité de l’action publique.

Cette référence intervient alors que la gestion des inondations pose régulièrement la question de l’articulation entre les dispositifs d’urgence, les moyens techniques disponibles et la coordination des administrations concernées.

Pour le ministre, l’enjeu est de garantir que chaque décision soit appréciée au regard de son utilité réelle, de son coût et de sa contribution à la résolution des problèmes rencontrés par les populations.

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