
RATIONALISATION DE L’ADMINISTRATION : AMADOU LAMINE SY PLAIDE POUR UNE RÉFORME SANS « EFFETS D’ANNONCE »

Réduire le nombre d’agences publiques ne signifie pas automatiquement réduire les dépenses de l’État. C’est le principal enseignement tiré de l’analyse d’Amadou Lamine Sy, directeur général du Bureau Organisation et Méthodes (BOM), qui estime que la rationalisation de l’administration est un chantier bien plus vaste que la seule disparition de structures.
Si le gouvernement s’est engagé, dès 2024, à revoir l’organisation de l’administration dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, cette réforme doit, selon lui, être conduite avec méthode. « La rationalisation ne consiste pas seulement à fusionner ou à supprimer des structures. Il faut aussi agir sur les ressources humaines, les procédures et les modes de fonctionnement », explique-t-il.
Une réforme plus complexe qu’il n’y paraît
Pour Amadou Lamine Sy, la suppression d’une agence administrative est souvent perçue comme une solution rapide pour réaliser des économies. Une analyse qu’il nuance fortement. « Autant il est facile de créer une structure administrative, autant il est difficile de la supprimer », affirme-t-il. Le patron du BOM rappelle que la fermeture d’un organisme public entraîne des conséquences juridiques, financières et sociales qui peuvent perdurer pendant plusieurs années.
À l’appui de son argumentation, il cite plusieurs entreprises publiques dissoutes, comme la SIAS, la SOTRAC, l’ancienne Société nationale des chemins de fer ou encore AMA Sénégal. « Des années après leur dissolution, l’État continue encore de faire face au passif social de ces structures », souligne-t-il, faisant référence aux revendications récurrentes d’anciens travailleurs.
Selon lui, supprimer une agence ne signifie donc pas que l’État récupère immédiatement l’intégralité de son budget. « Les charges de personnel demeurent et constituent généralement le poste budgétaire le plus important », rappelle-t-il.
Éviter les annonces prématurées
Au-delà du fond, Amadou Lamine Sy insiste sur la méthode. Il estime que ce type de réforme doit être porté avant tout par l’administration et non par le débat politique. « Pour des mesures aussi sensibles, il ne doit pas y avoir d’effets d’annonce. Le politique doit laisser la main à l’administration afin que toutes les implications soient étudiées en amont », soutient-il.
Selon lui, cette approche permet notamment d’anticiper les conséquences sociales, juridiques et financières avant toute décision.
Miser sur la prévention plutôt que sur la suppression
Le directeur général du BOM considère que la véritable rationalisation commence en réalité au moment de la création des structures publiques. Il met en avant le rôle retrouvé de la Commission d’évaluation des agences, créée en 2010 mais longtemps peu active.
« Aujourd’hui, avant toute création d’agence, une étude d’opportunité est exigée et certaines demandes ont déjà reçu un avis défavorable », indique-t-il.
Il cite également le Comité de suivi du secteur parapublic, chargé d’examiner les projets de création de nouvelles entités ou de filiales publiques. Pour Amadou Lamine Sy, ces mécanismes constituent désormais un filtre destiné à éviter la prolifération des structures administratives.
Réduire les dépenses sans affaiblir l’État
La rationalisation engagée ne concerne pas uniquement les organes administratifs. Le responsable du BOM indique que plusieurs mesures visent également à maîtriser les dépenses de fonctionnement.
Il évoque notamment l’encadrement des rémunérations dans certaines autorités administratives indépendantes, la limitation des missions à l’étranger, la mutualisation des achats publics ou encore l’audit biométrique en cours dans la fonction publique.
Selon lui, ces actions poursuivent un même objectif : mieux maîtriser les effectifs et la masse salariale tout en dégageant des marges budgétaires pour financer les politiques publiques. À ses yeux, la modernisation de l’administration ne passe donc pas uniquement par la réduction du nombre de structures, mais par une transformation plus profonde des règles de gestion, de contrôle et de gouvernance de l’État.





