
À PIKINE, DE JEUNES CRÉATEURS VEULENT PESER SUR L’HÉRITAGE DES JOJ DAKAR 2026

Formation, revenus, accès aux équipements et participation aux décisions : le premier dialogue « Parlons JOJ » a permis à de jeunes acteurs culturels de présenter leurs priorités. Organisée jeudi à Pikine, la rencontre ouvre un cycle de discussions dont les recommandations doivent être portées auprès des autorités.
Que restera-t-il aux jeunes créateurs une fois les Jeux olympiques de la jeunesse terminés ? Cette interrogation a traversé la première rencontre de « Parlons JOJ », organisée le 22 octobre au centre culturel Léopold Sédar Senghor de Pikine. À travers leurs interventions, de jeunes artistes ont défendu des perspectives qui dépassent l’événement : pouvoir se former, vivre de leur métier et participer aux décisions concernant leur territoire.
Organisé par Polaris Asso et Africulturban, avec le soutien de l’Ambassade de Suisse au Sénégal, ce premier dialogue s’est tenu en présence de Son Excellence Tamara Mona, ambassadrice de Suisse au Sénégal, d’Abdoulaye Gaye, directeur adjoint des Arts au ministère de la Culture, et de Mme Bineta Ndack, responsable du pôle Ouest du Fonds de financement de la formation professionnelle et technique (3FPT). Les maires de la Ville de Pikine et des communes de Pikine-Est, Pikine-Nord et Pikine-Ouest étaient tous représentés. Consacrée aux industries culturelles et créatives, la rencontre ouvre un programme de quatre dialogues associant jeunes, responsables publics, acteurs culturels et sportifs.
Pour Coumba Ndoye, artiste chanteuse et créatrice de contenu connue sous le nom de Warwuba, la reconnaissance professionnelle constitue une priorité. La jeune femme de 24 ans a défendu des formations qualifiantes et certifiantes dans les métiers culturels et numériques, ainsi qu’un accès plus équitable aux espaces de création. Elle a notamment souligné la nécessité d’offrir des possibilités aux jeunes des régions, sans leur imposer de rejoindre Dakar pour développer leur activité.
Amadou Aw, chanteur, compositeur et guitariste de 27 ans, a insisté sur les liens entre création et engagement citoyen. L’art peut, selon son intervention, rendre visibles les réalités des quartiers et soutenir l’action communautaire, à condition que les jeunes disposent aussi de moyens de contribuer aux décisions locales. La photographe Oulimata Sow, 21 ans, a, de son côté, posé la question des retombées durables des JOJ sur la pratique artistique, les infrastructures et l’insertion professionnelle.
Le directeur exécutif de Polaris Asso, Ousseynou Gueye, a inscrit ces échanges dans une démarche de participation démocratique. « Prendre la parole, c’est un acte démocratique. Écouter, c’est un acte démocratique », a-t-il déclaré. Citant un rapport de son organisation, il a indiqué que les jeunes ne représentent que 6 % des membres des conseils municipaux au Sénégal, avant de les inviter à investir les espaces de dialogue, les associations et les mécanismes de représentation.
Le représentant d’Abdoulaye Thimbo, maire de la ville de Pikine, a présenté plusieurs actions municipales en faveur de la jeunesse. Selon les chiffres avancés lors de son intervention, la Ville de Pikine a consacré plus de 300 millions de francs CFA à une maison des jeunes et accordé près de quatre milliards de francs CFA de bourses d’études en dix ans. Il a également appelé les jeunes à s’engager dans la vie publique et à se préparer à prendre des responsabilités au sein des collectivités territoriales.
Pour Matador, rappeur et fondateur d’Africulturban, les parcours issus des quartiers populaires montrent l’importance d’un accompagnement durable. « La culture et le sport ne sont pas de simples divertissements ; ce sont de véritables leviers de transformation sociale », a-t-il affirmé. Revenant sur la transformation, par des jeunes engagés, du site du centre culturel autrefois utilisé comme dépotoir, il a plaidé pour davantage de confiance dans leur capacité à concevoir et à réaliser des projets.
Les prochaines rencontres porteront sur la gouvernance locale, le 31 octobre, puis sur l’entrepreneuriat des jeunes, à la mi-novembre. Un dialogue final est prévu après les Jeux pour porter les recommandations prioritaires auprès des plus hautes autorités du pays. Polaris Asso annonce une synthèse des contributions, leur transmission aux interlocuteurs concernés et un retour aux participants sur les suites données, afin de prolonger les échanges au-delà des rencontres.





