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PLAN DÉCENNAL DE LUTTE CONTRE LES INONDATIONS : MAMADOU KASSÉ DÉFEND LE BILAN ET APPELLE À POURSUIVRE LES INVESTISSEMENTS

a-la-une
30 août 2026
a-la-une

La récurrence des inondations au Sénégal renvoie, selon Mamadou Kassé, à un problème qui dépasse la seule gestion de l’hivernage. Ancien conseiller technique du président Macky Sall chargé de l’aménagement, de l’habitat et de l’urbanisme, il affirme avoir été « au cœur de la stratégie et de l’action » engagées à partir de 2012.

Il rappelle qu’à la suite des fortes pluies enregistrées cette année-là, le gouvernement avait déclenché le plan Orsec et engagé une réflexion plus large sur la prise en charge des inondations. Cette démarche devait aboutir à un Conseil présidentiel consacré à la question, puis à la mise en place du Plan décennal de lutte contre les inondations (2012-2022).

L’ambition affichée à l’époque était de sortir d’une logique essentiellement fondée sur les interventions d’urgence. « Il ne faut plus qu’on se mette à gérer des questions durables en administrant des solutions urgentes », rapporte Mamadou Kassé, rappelant l’orientation donnée par l’ancien chef de l’État.

Le plan avait ainsi été articulé autour d’une phase d’urgence, prévue sur un à deux ans, puis d’une période consacrée à la réalisation d’infrastructures et à la mise en œuvre de solutions structurelles. Près de 100 milliards de francs CFA devaient notamment être mobilisés pour la première phase, selon l’ancien responsable.

Des ouvrages dont les effets restent parfois peu visibles

Pour défendre le bilan de cette politique, Mamadou Kassé cite plusieurs interventions réalisées dans différentes zones du pays. Il évoque notamment le drainage des eaux autour du CICES, la RN1 à Cambérène, la Cité Soleil de Dalifort, ainsi que plusieurs quartiers de Yeumbeul-Nord.

À Touba également, des infrastructures ont été réalisées, même si certains ouvrages nécessitent encore, selon lui, des investissements complémentaires. L’ancien directeur de la SICAP souligne une particularité de la lutte contre les inondations : une grande partie des investissements est réalisée sous terre et reste donc peu visible pour les populations.

« Enterrer un milliard pose souvent un problème », observe-t-il, pour souligner la difficulté à rendre perceptibles les investissements consacrés aux réseaux d’assainissement et aux ouvrages hydrauliques.

Pour autant, il ne considère pas que la question soit définitivement réglée. La lutte contre les inondations, explique-t-il, doit s’inscrire dans la durée, notamment à travers les plans directeurs d’assainissement, la gestion des eaux pluviales et l’anticipation des crues.

L’urbanisation au cœur du problème

Au-delà des ouvrages hydrauliques, Mamadou Kassé identifie un autre facteur majeur : l’occupation de zones qui ne sont pas adaptées à l’habitat.
« L’une des grandes causes » des inondations réside, selon lui, dans « le malhabité ou la malurbanisation ». Il explique que certaines zones devenues habitables durant les longues périodes de sécheresse ont progressivement été occupées, avant que le retour d’une pluviométrie importante ne révèle leurs contraintes naturelles.

La réponse passe dès lors par la restructuration de nombreux quartiers et, lorsque cela est nécessaire, par le relogement des populations installées dans des zones non aedificandi. Sur ce point, l’ancien responsable met en avant la réalisation des 2 000 logements de Tawfekh Yaakar, qu’il présente comme l’une des réponses apportées dans le cadre de la politique de logements sociaux.

Mais il regrette surtout que les deux grands promoteurs immobiliers publics, la SICAP et la SN HLM, n’aient pas toujours disposé, au cours des dernières années, des moyens nécessaires pour jouer pleinement leur rôle.

« L’urbanisme est le parent pauvre »

Mamadou Kassé estime que le Sénégal dispose pourtant d’importants instruments institutionnels pour mener une politique cohérente de l’habitat. Il cite notamment la loi d’orientation sur l’habitat social adoptée en 2016, le Fonds pour l’habitat social, la SAFRU, le FOGALOG ainsi que l’implication du FONSIS dans le dispositif de location-vente. À ses yeux, l’enjeu consiste désormais à transformer ces instruments en une véritable stratégie nationale de production de logements.

Cette réflexion doit également intégrer la qualité de l’aménagement urbain. L’ancien directeur général de la SICAP et de la SN HLM s’interroge sur la place accordée aujourd’hui à l’urbanisme dans les politiques publiques.

« Est-ce qu’on pense toujours notre urbanisme ? Est-ce qu’on a encore une stratégie dans notre manière d’habiter en milieu urbain ? », s’interroge-t-il, avant de considérer que « l’urbanisme est tout de même le parent pauvre de nos grandes politiques publiques ».

Pour lui, la question des inondations ne saurait donc être traitée uniquement à travers les opérations de pompage ou les interventions d’urgence. Elle appelle une réflexion plus globale sur l’habitat, l’assainissement, la planification urbaine et la production de logements adaptés à la croissance démographique des villes. L’enjeu, au fond, est de passer d’une gestion réactive des conséquences à une politique d’anticipation fondée sur une meilleure maîtrise de l’urbanisation.

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